Vous avez dit « évangélique » ?

Qui sont-ils ces « évangéliques » dont se revendiquent un Trump ou un Bolsonaro… ? Petite « mise à plat » par Christophe Verrey, pasteur du Foyer de Grenelle paru dans L’Ami du Foyer n°386 de l’été 2019.

Populistes ? Oui, affirme Henri Tincq, grand spécialiste des religions au Monde [le monde du 5/11/2018]i. [Je ne suis pas tout-à-fait d’accord, ni tout-à-fait contre (bien au contraire, disent les vaudois, mdr !)].

D’accord… si l’on voit effectivement comment un Trump ou un Bolsonaro, toujours très démagos, s’appuient sur des églises évangéliques populaires pour « faire passer la pilule » auprès du peuple. Parce qu’elles sont influentes, parce qu’elles sont politiquement très conservatrices, – quoi qu’on en dise- , au moins sur le Nouveau Continent.

Héritières des premiers colons européens qui ont construit leur pays sur des « valeurs morales » que ceux-là veulent intangibles… et conformes à leurs propres valeurs. Concernant par exemple l’avortement : certains d’entre eux, avec les catholiques les plus fondamentalistes, sont farouchement contre, allant jusqu’à tuer des médecins au nom du droit imprescriptible de chacun à la vie… ! Défendant bien souvent le droit du port d’arme, ou la peine de mort, ils ne sont pas à une contradiction près !

Près du peuple. S’ils préfèrent s’appeler « évangéliques », ceux-là sont avant tout fondamentalistes, en tout cas sur les textes qui les arrangent le mieux.

Tout comme les autres fondamentalistes, ils sont « populistes » dans le sens de « près du peuple », celui en tout cas qui préfère que quelqu’un lui dise comment il faut se comporter dans la vie, voter … Bref, qui ont besoin d’une autorité forte, ce qui est bien souvent le cas des foules ! Pour moi, il me semble que Jésus, s’il parlait aux foules qui venaient le voir et guérissait les malades, cherchait plutôt à leur échapper et attendait la conversion personnelle de chacun, confronté à son enseignement.

Proche du peuple encore, lorsqu’on leur propose de « gagner au loto » s’ils se mettent à croire en Jésus-Christ. Avec une théologie adaptée, qui défend vivement l’idée que la bénédiction divine se traduit en prospérité concrète. Quitte à traduire cette propagande en espèces sonnantes et trébuchantes parties des USA, en direction des évangéliques de pays plus pauvres. L’homme blanc, riche et en bonne santé, à l’image des américains du Nord, est donc particulièrement plus béni qu’un autre. Et malheur à l’homme noir/latino/asiatique, pauvre et malade ? Pour moi, l’esprit des béatitudes est le contraire de cette théologie !

D’accord, enfin, si l’on considère que ce mouvement est porteur « d’un religieux émotionnel, guère dogmatique, simple et de libre accès, entretenu par de puissants circuits de financement et par des remèdes pratiques et pragmatiques proposés aux frustrations individuelles et collectives ». Ça, c’est du populisme, dès lors qu’il se permet d’avoir un poids politique.

Contre… si l’on veut faire de tous ceux qui portent ce beau titre d’évangélique des populistes ! Ce n’était en tout cas pas la tendance évangélique du pasteur baptiste Martin Luther King ! Ce n’est pas non plus celle des églises évangéliques de Paris, sauf si elles sont directement influencées par les Eglises américaines. Ce n’est pas non plus le cas de la Mission Populaire Évangélique de France.

« Évangélique », pour nous. Cala veut dire avant tout : qui s’appuie sur l’enseignement de Jésus, sur la Bonne Nouvelle contenue dans les évangiles de la Bible, en cohérence avec les promesses d’amour, de pardon et de Vie Eternelle. Comme il est écrit en Matthieu 7:21 « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : “Seigneur, Seigneur,” qui entreront dans le Royaume des cieux, mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux », la Miss’ Pop, adoptant depuis le début du siècle dernier (1906 environ) une attitude de « levain caché dans la pâte » (cf. Luc 13:21) préfère vivre l’évangile que l’annoncer « urbi et orbi », ou « à tort et à travers », en restant très attaché à une laïcité d’ouverture et de dialogue, qui n’empêche pas de témoigner en actes mais se refuse au prosélytisme.

« Évangélique », pour la plupart de nos partenaires, surtout ceux qui sont membres de la Fédération protestante de France – qui a des positions très différentes des évangéliques américains sur les sujets d’éthique -, ça veut dire annoncer la Bonne Nouvelle de multiples façons. Le plus souvent en paroles, dans la bonne vieille tradition qui fut celle de la « Mission Mac All » et dont la Miss’ Pop est la descendante directe.

Pas de politique politicienne. La plupart du temps, les pasteurs évangéliques évitent en France de faire de la politique, comme Mac All l’avait interdit à ses prédicateurs : ici, l’Etat laïc ne voit pas d’un bon œil les Eglises qui se piquent de politique.

Au Foyer, d’ailleurs, nous nous contentons de participer aux débats publics en ouvrant nos portes à des orateurs qui prennent position sur certains problèmes de la société, parfois contre l’avis du gouvernement, concernant les migrants, par exemple… Sans aucun doute parler du politique pour nous c’est s’intéresser au bien public, au vivre ensemble, malgré nos différences et pour nos différences.

« Ensembles et différents » c’est ça l’altérité à laquelle nous sommes appelés, sinon c’est le repli, le chacun pour soi qui communautarise. Mais pas dans le but d’orienter le public vers un parti politique ou un autre. Jamais donc de « politique politicienne », pour éviter la politique partisane : quel parti, même en se déclarant « chrétien », pourrait prétendre incarner les valeurs évangéliques ? Jésus n’a pas tenté de prendre le pouvoir : il l’avait ! de toute éternité, sur l’univers entier, nous dit l’évangile de Jean…

La montée en puissance des évangéliques, mouvement protestant s’il en est, devrait nous réjouir, puisque « de toutes manières le Christ est annoncé » comme le disait l’apôtre Paul (Phil. 1 v 18)… Mais j’aimerais beaucoup ne pas être amalgamé trop vite à mes cousins d’Amérique, surtout lorsqu’ils pensent être assez puissants pour se lancer dans des croisades, en espérant y entraîner la Terre entière ! Je crois en un Dieu de justice et de paix.

Pasteur C. Verrey, équipier de la Miss’ Pop … Évangélique !