“Par le peuple, pour le peuple” à la Cafetière

Véronique MEGNIN, équipière de la Frat’aire du Pays de Montbeliard revient sur les échanges lors du stage de la cafetière.

« La démocratie a-t’elle quelque chose à voir avec la bible ? » : C’était le thème de « la Cafetière », stage biblique, qui réunissait, du 12 au 14 janvier 2020 à Pierrefontaine les Blamont au Pays de Montbéliard, dans le Doubs, 26 personnes. Croyants, non croyants, pasteurs, équipiers de fraternités de la Mission Populaire ont revisité la démocratie à travers le temps, de l’organisation primitive du peuple d’Israël avec les pouvoirs et l’influence des rois, des juges et des prophètes jusqu’aux premières communautés chrétiennes, mais aussi de la démocratie athénienne aux démocraties d’aujourd’hui, ici et dans le monde.

La démocratie revisitée par l’actualité, entre conflits sociaux, élections municipales en préparation dans notre pays, mais aussi la position de certaines églises américaines vis-à-vis de la gestion Trump aux USA, à l’opposition entre libéralisme et démocratie, entre pouvoir d’agir et lobbying… a contribué à agiter nos neurones pendant ces trois journées.

En France, en plein conflit sociale et en ce début de campagne électorale des municipales, comment le peuple situe les pouvoirs démocratiques ?

Pleins pouvoirs ?

Est ce que le fait d’avoir été élu de façon démocratique par le peuple, donne les pleins pouvoirs pour autant aux représentants et les autorisent à tenir ou pas les engagements pris dans leur programme de campagne ? L’électeur insatisfait du travail des élus, mesure les limites de notre modèle de la démocratie et de sa déconvenue peut naitre contestation, révolte mais aussi pouvoir d’agir.

Démocratie ne signifie-t-il pas le droit du peuple de décider pour lui-même ? Alors comment faire valoir ce droit ?

La démocratie participative, réalité au sein des associations d’éducation populaire depuis des décennies et aussi dans les conseils citoyens, les conseil de quartier a permis au citoyen lambda de s’exercer à une citoyenneté active au service d’un modèle démocratique de terrain.

Dans l’idéal, c’est ainsi que de nombreux projet associatifs ont été organisés avec les participants, usagés et habitants. Oui ! Dans l’idéal, car souvent dans la réalité, il n’est pas toujours facile d’oser prendre la parole pour être en capacité d’exprimer pleinement ce droit.

Combien de personnes restent silencieuses dans les réunions, les conseils d’administration et dans les assemblées générales que ce soit dans les associations, les réunions ou dans les paroisses, parce que tel ou tel responsable ou élu monopolise la parole ?

Combien de participants à ces instances démocratiques doutent de leurs propres capacités à émettre leurs opinions ?

Dans les campagnes électorales en préparation pour les municipales, ont entend de plus en plus mise en avant « cette démocratie participative » comme seule garantie de l’expression de tous dans la commune.

Et la Bible dans tout ça ?

Quand était-il dans les premières communautés chrétiennes ?

Dans Marc 6 v30-34 Jésus s’émeut que le peuple soit comme des moutons sans berger et se met à l’enseigner. Dans actes 6 v 1-7, la communauté s’organise avec les diacres choisis en fonction de leurs compétences et des talents propres mis au service du collectif.

Pour résumer : Que ceux qui enseignent s’occupent d’enseigner et que ceux qui ont de compétences pour les tâches de services s’organisent pour que tout puisse fonctionner au mieux. Simple non ! Il suffit de partager aussi bien les tâches, que la connaissance donné à tous par l’Esprit.

Dans les fraternités et foyers de la Mission Populaire, on essaye de favoriser la prise de parole et de responsabilité de chacun. C’est la base de notre fonctionnement d’associations d’éducation populaire. Mais n’avons-nous pas parfois tendance à retomber dans des schémas d’enjeu de pouvoir entre « sachants » et « novices » ?

Robert Whitaker Mac All, lorsqu’il créa, après la commune en 1872, les premiers espaces de discussion ouvert aux ouvriers, c’était bien pour que ceux ci aient droit à la parole. Son intention première était de « partager l’Evangile du Christ en milieu populaire », mais en ouvrant ces premières fraternités, il donnait le droit à l’expression à ceux pour lesquels ce droit n’existait légalement pas encore. (Le droit associatif a été établi par loi de 1901.)

De cet héritage, la « Miss Pop » s’efforce à offrir à chacun, quelque soit son parcours et ses convictions, d’enrichir ses connaissances et de partager ses opinions. Les Frats sont idéalement un modèle de démocratie participative où chacun a la possibilité d’être acteur. Pas seulement un droit à débattre et à se positionner face à des propositions d’actions ou d’orientation, mais aussi le droit à initier collectivement des réponses aux besoins par « le pouvoir d’agir ».

Dans les Frats, nous essayons de redonner la parole aux laissés pour compte, à tout ceux qui n’osent pas ou plus s’exprimer. Nous encourageons chacun à prendre sa place dans l’organisation, même si certains se sentent invisibles face aux décideurs.

Reinventons l’eau chaude !

Dans les débats au sein des fraternités ou autres lieux de partage d’expression, comme cela a été évoqué à cette « Cafetière », nous avons parfois l’impression de tout recommencer à zéro, de regarder les nouveaux réinventer « l’eau chaude », comme si les anciens n’avaient pas déjà testé et approuvé les bonnes méthodes. Peut être qu’il faut permettre de réinventer « l’eau chaude », à ces nouveaux acteurs afin qu’ils trouvent la place d’exprimer leurs talents, d’être acteur, de se faire entendre et de faire avancer la démocratie.

C’est bien parce que de petites voix s’élèvent pour dénoncer des abus et des injustices, pour proposer d’autres alternatives, pour oser imaginer une société plus équitable plus respectueuse de l’individu dans son environnement, que cela permet aux marges de bouger.

Alors oui, comme les premières communautés chrétiennes qui organisaient leur fonctionnement, à nous aujourd’hui de défendre ou de reconstruire un modèle démocratique plus participatif. Laissons chacun trouver sa place sans enjeux de pouvoir, juste pour que s’exprime les talents donnés ou développés au service de la communauté, pour que la société de demain se préoccupe plus de l’homme et de la création que du pouvoir économique.

Chacun peut être juste le grain de sable qui peut gripper un système inégalitaire, la goute d’eau qui peut contribuer à éteindre l’incendie ou juste une étoile qui éclaire la route.

Grains de sable, gouttes d’eau, étoiles n’oublions pas que nous sommes aussi témoins de l’amour inconditionnel enseigné par celui qui n’était pas le dernier pour bousculer les conventions, instruire le peuple et nous ouvrir d’autres perspectives pour l’’avenir…un certain nommé Jésus.