AG Marseille 2019 : Y’a pas que l’immobilier dans la vie de la Miss’ Pop’

Le rapport moral présenté par Olivier Brès, président de la Mission populaire, lors de l’assemblée-générale de la Mission populaire le 25 mai 2019 à Marseille, raconte les débats au sein du Mouvement  suite à l’adoption des nouveaux statuts l’an dernier.

Nous avons franchi une étape l’année dernière dans l’évolution nécessaire de la MPEF, avec la modification de nos statuts et aussi l’approbation d’un texte d’orientation.
J’insistais à l’ouverture de l’AG de l’an dernier sur toutes les rencontres préparatoires qui avaient eu lieu, sur les consultations, les échanges qui avaient précédé ce moment important.

Notre AG de l’année dernière n’a pas satisfait tout le monde, toutes les Frats, pour des raisons diverses et parfois opposées. Mais il me semble que les textes adoptés reflètent un certain équilibre entre les aspirations des uns et des autres.

Le Comité National a tenu compte de cette situation, en multipliant les rencontres avec les uns et les autres, les temps d’écoute et d’explication, avec le souci que chacun s’approprie les règles et les objectifs de notre vie commune. Le secrétaire général en a pris une bonne part. Qu’il soit remercié.

Les Frats et leurs conseils ont peut-être eu l’impression que le Comité National avait surtout travaillé cette année sur les questions immobilières. Et peut-être avec l’impression supplémentaire qu’il s’agissait d’une centralisation, d’une reprise en main.

Ce serait une interprétation fausse que de s’arrêter à ces impressions : le Comité National avait constaté depuis des années combien les conventions anciennes étaient inadaptées (et illégales ?) mais aussi que les questions immobilières étaient difficiles à porter par la plupart des Frats et que le siège n’apportait pas les soutiens techniques nécessaires. C’est donc à une démarche de mise en conformité, mais surtout de mutualisation, de mise en place d’un service mutualisé, que le Comité National s’est attelé. Les travaux ont pris du temps, pour que nous soyons dans des relations juridiques saines, pour que les questions et les situations des uns et des autres soient prises en compte.

J’espère que nous arriverons à conclure dans les prochains mois. Et que nous verrons aussi combien cette organisation permettra de répondre – elle le fait déjà – à des besoins locaux.

Je disais que les Frats et leurs conseils ont peut-être eu l’impression que le Comité National s’était concentré prioritairement sur les questions immobilières. Ce serait une erreur de le croire, car le souci du Comité National a été d’abord de discerner comment le Mouvement que nous formons, l’Union des personnes physiques et de personnes morales que nous avons constituée, comment cette réalité complexe, diversifiée, que nous représentons peut être un espace de coopération, de soutien mutuel pour le présent et aussi d’imagination pour l’avenir.
Déjà des appuis ont été apportés sur l’élaboration de projet associatif, des échanges ont eu lieu entre équipiers, entre membres de conseils d’administration, entre participants aux activités ; des travaux ont été entrepris autour des questions d’animation spirituelle, de l’amélioration de Présence et du site internet, et d’autres sujets particuliers. Tout cela manifeste que nous pouvons trouver des forces, des idées, des moyens, en favorisant ces relations et en en suscitant de nouvelles.

La proposition de feuille de route pour les années à venir – que nous prendrons le temps de discuter – est un signe de cette conviction du Comité National sortant que nous pouvons tous bénéficier d’un approfondissement de nos coopérations.

J’espère que notre assemblée générale approuvera, améliorera, ces orientations concrètes et que le prochain comité national les mettra en œuvre avec persévérance. Avec persévérance, car les préoccupations locales immédiates peuvent vite faire oublier le travail en commun, alors qu’il est nécessaire au renouvellement des idées et des actions, et donne du courage à chacun. (Les Interfrats donnent visibilité et encouragement : elles sont des occasions de vivre la réalité commune de la MPEF)

Évoquer le prochain comité national c’est pointer un certain nombre de questions, en particulier de ressources humaines.
Je voudrais ici d’abord dire notre reconnaissance pour ceux qui vont quitter des responsabilités qu’ils ont assumées ces dernières années :

Equipierss : Claude (et Yvon) GILLET, Muriel MENANTEAU, Catherine RAPP

Membres du CN : Eliane HUMBERT, Marc OSSOLA, Monique JULLIEN, Roberto BELTRAMI – excusé, Odile PAUILLAC, Marina ZUCCON, Véronique MEGNIN

Responsable de la commission formation avec son équipe : Denis COSTIL

Le comité national sortant a eu le souci d’ouvrir le plus largement possible les candidatures pour sa constitution selon les nouvelles modalités. Il a mis en place à cet effet une commission des candidatures avec des non-membres du CN. Sans mettre du tout en cause la qualité des personnes qui vous sont proposées, je regrette qu’il n’y ait pas eu plus de candidatures dans un moment où les Frats avaient manifesté leur souhait d’être plus associées aux décisions du Mouvement. Mais cela passera sans doute par d’autres types d’échanges auxquels il faudra que le futur CN veille.

Entendons aussi cette situation comme une incitation à améliorer la manière dont nous appelons dans le mouvement, mais aussi dans les Frats, des personnes à prendre des responsabilités.

J’en profite pour dire – mais nous en parlerons peut-être au moment des élections – que nous sommes à la recherche d’une personne qui accepte d’assurer la fonction de trésorier dans le futur CN. Pierre Lepetit est candidat au CN (c’est pour cela que je ne lui fait pas d’adieux et de remerciements dès aujourd’hui) mais ne peut pas continuer à assurer la fonction de trésorier. Il faudra donc, soit en interne, soit en cherchant quelqu’un en externe, trouver cette « ressource rare » et nécessaire.

Rappelons encore à cette occasion le besoin de trouver des personnes qui acceptent de mettre leurs compétences au service de la MPEF, notamment dans des commissions financière et immobilière.

Autre question de ressources humaines, celle de l’évolution du corps des envoyés. Il se confirme que nous aurons des difficultés à recruter des pasteurs comme directeurs des Frats. Pour des raisons multiples, qui vont de la diminution du nombre de nouveaux pasteurs dans les Eglises partenaires à la technicité attendue des envoyés dans le domaine social. Signalons que l’EPUdF doit s’engager prochainement dans une réflexion sur d’autres modèles de permanents – il faudra que nous y participions. Pour ce qui nous concerne, nous pouvons nous réjouir que des hommes et des femmes non-pasteurs s’intéressent aux postes d’envoyés disponibles, et soient attachés à la dimension spirituelle que nous voulons développer. Il faudra voir comment les accompagner dans cette partie de leur cahier des charges et comment reconnaitre ce service – donc ce ministère – qu’ils acceptent d’assumer.

Voilà qui me conduit à la dernière partie de ce rapport moral, qui pourrait en être aussi la première partie. La question de la pertinence de l’existence et de la perpétuation de la Mission Populaire, de la persévérance de la MPEF dans son être et dans son projet.

Nous avons fêté hier les 140 ans de la Frat de Marseille, l’année dernière les 40 ans de celle de Trappes, ces jours-ci Grenelle a fêté le centenaire de son association locale. Dans tous ces lieux, à toutes ces occasions, j’ai pu lire ou entendre combien les projets d’origine avaient évolué, connu des virages parfois inattendus, mais combien aussi nous restions ensemble convaincus que le service particulier que nous pouvions offrir, là où nous sommes, était bien de continuer à articuler une recherche de sens – spiritualité ouverte à tous / une solidarité sociale vécue, expérimentée collectivement ou communautairement / une offre de réflexion, de débat et de plaidoyer politiques qui affronte les inégalités et la crise climatique.

Dans la situation sociale et politique que nous connaissons, devant les attentes confuses et contradictoires de nos concitoyens (Gilets Jaunes – Grand Débat), dans une période où s’exacerbent les relations sociales et les « passions tristes » (ressentiment, haine, … cf. Dubet), notre pays a besoin de vigilance et de proposition. Or je crois que, dans nos Frats, nous sommes inscrits, bénévoles, salariés, personnes accueillis, au cœur des enjeux du présent. Et qu’il y a donc un travail passionnant à faire, d’expérimentation de nouvelles pratiques de solidarité, et de propositions de politiques d’inclusion et de protection.
Mais surtout il nous faut approfondir, je crois, nos raisons de tenir bon dans cette attitude de service et de solidarité, alors que nous sommes invités à être consommateur comme les autres et concurrent de tous. Ou pour le dire autrement : nous devrions chercher à mieux entendre ce que nous dit le Jésus des Évangiles sur les possibilités de guérison, de plénitude, de renouvellement, dans nos vies personnelles et communautaires.

Nous avons besoin de nous soutenir mutuellement pour construire ou consolider une attitude spirituelle qui nous tienne debout dans la confusion actuelle. Aussi nous voulons affirmer, il me semble, trois convictions qui peuvent contredire les traditions religieuses (rétrogrades) mais aussi les idéologies dominantes (qui se prétendent modernes) :

– Nous voulons être ouverts à toutes les quêtes de sens parce que Jésus n’a pas créé une religion – aussi nous soutenons l’interconvictionnel contre les identités fermées et l’évangélisation unilatérale.

– Nous affirmons que la vie spirituelle s’ancre dans des expériences communautaires, parce que le christianisme n’est pas une aventure individuelle – aussi nous voulons insister sur les temps de partage des joies et des attentes plutôt que d’encourager aux techniques de « développement personnel »

– Nous travaillons à un engagement politique, social et environnemental parce que nous croyons que l’espérance, la vie renouvelée ne sont pas d’abord pour l’au-delà mais pour l’ici-bas  – aussi sans illusion nous cherchons des moyens d’améliorer le présent, et peut-être de sauver notre futur commun.

Nous avons devant nous la perspective de fêter en 2022, les 150 ans de la Mission Populaire, dans 3 ans donc.

Ces années, je l’espère, nous permettront de renouveler et de consolider notre Mouvement commun.

Olivier BRES, président du Comité National