La Mission populaire à sa naissance… Un tabou de La Commune ?

Pourquoi était-il interdit de parler de la Commune dans les salles de la Mission populaire lors de sa création, au lendemain de l’écrasement de la révolte populaire ? Retour sur l’époque.

Bruno Erhmann, trésorier de la Maison Verte (Paris 18e), historien de la Miss’ Pop’

Robert Mac All crée la Mission populaire au lendemain de l’écrasement de la Commune de Paris. Pourquoi se fixe-t-il comme règle de ne pas en parler dans ses lieux ? Parmi les règles fixées au départ de la mission, il y a notamment : Ne jamais toucher, de près ou de loin à un sujet politique ; ne pas parler des cabarets, marchands de vin, théâtres, bals, salles de danse ou de concert ; ne pas morigéner les gens, dire « nous » au lieu de « vous » autant que possible.

De ces consignes certains ont conclu que Mac All était apolitique et piétiste, donc qu’il ne se préoccupait que du salut de l’âme de ses auditeurs. Ses successeurs chrétiens sociaux comme Elie Gounelle au début du XXe siècle, pacifistes engagés comme Henri Roser en 1918, proches du syndicalisme ouvrier et du Mouvement de la Paix comme Francis Bosc dans les années 1950 ou encore anticolonialistes et tiers-mondistes de l’après-guerre et disciples de Casalis soixante-huitards auraient alors trahi l’esprit d’origine.

Rappelons les circonstances en août 1872. La boucherie consécutive à la reprise de Paris par les fédérés est toute proche et divise l’opinion, y compris dans les milieux populaires où toutes les familles ont été victimes des combats. Ceux qui ont été repérés comme communards qui n’ont pas été fusillés sont au bagne à Nouméa. L’amnistie n’interviendra qu’en 1880. Vanter la Commune publiquement peut aisément vous conduire en prison.

L’église catholique lance une grande souscription pour financer la construction de la basilique du Sacré Cœur de Montmartre pour remercier Dieu d’avoir permis l’écrasement de la Commune.

Une République peu républicaine

La République a bien été proclamée mais la chambre est royaliste et ce sont les lois de l’Empire qui s’appliquent : aucun droit de réunion, censure sur toutes les publications, interdiction de pratique cultuelle publique en dehors des lieux de cultes reconnus par l’état.

Monsieur Mac All a été précédé par un évangéliste anglais qui s’est fait expulser de France sous la Restauration, il se montre prudent et fin politique. Le mouvement qu’il crée ne s’appelle pas « protestant » ou « évangélique » ni même « religieux » ou « chrétien », il le nomme  « Mission Mac All auprès des ouvriers ». Il n’ouvre pas des lieux de culte ni même des lieux de réunions, mais des « salles de conférence ».

Sa fameuse rencontre avec l’ouvrier de Belleville resté anonyme n’est ni accidentelle ni fortuite, elle est délibérée et programmatique. L’ouvrier lui dit :

«  vous avez l’air d’un clerc, mais pas comme les autres (naturellement dans le contexte catholique et pourfendeur de la Commune). Si vous nous présentez une religion de vérité et de réalité (sous-entendu le protestantisme considéré à l’époque comme la religion des pays démocratiques comme la Hollande et l’Angleterre), alors beaucoup d’entre nous sont prêts à vous écouter.

Anticléricalisme

Centrer le message sur l’anticatholicisme, ses fastes, son formalisme et ses compromissions de religion officielle est une attitude cohérente avec toute la vie précédente de Mac All (voir page 7). Elle le situe très clairement politiquement à l’époque où le cléricalisme et l’anti-cléricalisme sont des marqueurs très clairs.

Les circonstances changeront radicalement à partir des années 1880 avec l’amnistie des communards puis les lois sur la liberté des la presse, sur l’enseignement, sur le droit de réunion et d’association, sur la laïcité… Les règles de Mac All sont donc à lire dans leur contexte.