Foyer de la Duchère – Désarme nous !

Suite aux attentats terroristes qui ont meurtri la France et d’autres pays, en ce sinistre mois d’octobre, il y a eu beaucoup de communiqués pour dire la tristesse, l’empathie, et aussi le désir de retisser de la fraternité partout où le tissu social est déchiré par la violence et la haine. J’ai retenu en particulier cet appel  à agir de la conférence des évêques de France dont voici de larges extraits et qui commence avec ces mots d’Etty Hillesum, jeune juive morte à Auschwitz en 1941 :

“Je ne vois pas d’autre issue : que chacun de nous fasse un retour sur lui-même et extirpe et anéantisse en lui tout ce qu’il croit devoir anéantir chez les autres. Et soyons bien convaincus que le moindre atome de haine que nous ajoutons à ce monde nous le rend plus inhospitalier qu’il ne l’est déjà. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous”

Notre société a un urgent besoin aujourd’hui d’une fraternité qui « a quelque chose de positif à dire à la liberté et à l’égalité ». Car, comme le rappelle le pape François dans son encyclique Fratelli Tutti, « sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté politique de fraternité, traduite en éducation à la fraternité, au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel comme valeur, (…) la liberté s’affaiblit »

L’assassinat de Samuel Paty vient interpeller notre être ensemble, notre hospitalité, les fondements de notre société, la question de l’éducation, notre rapport à la religion, l’accueil des migrants. Il nous lance autant de défis pour répondre à ces questions, non plus par des discours, de bonnes intentions, mais par des actes concrets qui appellent une conversion profonde de nos manières d’être, de vivre ensemble, de faire société, d’habiter notre Maison commune.

Cet appel est lancé à chacun et chacune de nous, là où nous sommes, comme citoyen(ne)s et croyant(e)s. Que nous faut-il inventer, mettre en œuvre ? Qui d’entre nous est prêt à écouter, discerner, accompagner, accueillir ? Qui d’entre nous est prêt à se confronter à la pensée de l’autre, à dialoguer, à exercer l’esprit critique et le débat ? Qui d’entre nous est prêt à s’engager auprès des enfants et des jeunes dans un travail d’éducation qui prenne en compte la personne dans toutes ses dimensions, matérielles et spirituelles ? Qui d’entre nous est prêt à lâcher son agenda pour prendre le temps de tisser la fraternité ?

Faudra-t-il un autre malheur pour entrer dans l’urgence des changements à opérer ? Il n’est que temps de nous réveiller. Nous souvenant de toutes les victimes du terrorisme de par le monde, nous revient à l’esprit la prière de Christian de Chergé formulée après la visite au monastère de Tibhirine des islamistes algériens qu’il appelait les « frères de la montagne » :

« Je ne peux pas demander au bon Dieu : « Tue-le ! »… Pas possible ! Alors ma prière est venue : « Désarme-le, désarme-les ! » Ça, j’ai le droit de le demander. Et puis après, je me suis dit : « Est-ce que j’ai le droit de demander : « Désarme-le ! », si je ne commence pas par dire : « Désarme-moi et désarme-nous en : communauté ! » Et, en fait, oui, c’est ma prière quotidienne, je vous la confie tout simplement ; tous les soirs, je dis : « Désarme-moi, désarme-nous, désarme-les ! ”

Christian Bouzy