1906 à La Maison Verte : Il y a 115 ans, déjà la laïcité sans abdiquer l’Évangile.

Au lendemain du vote de la loi de 1905, un article dans La Petite Presse raconte comment La Maison Verte, Fraternité de la Mission populaire à Paris 18e, est déjà bonne élève de la laïcité…

Muriel Menanteau, ancienne pasteure directrice de la Maison Ouverte (Paris 18e)

Qu’ont en commun le fameux Rocambole (1) et la Maison Verte ? Les colonnes de La Petite Presse ! Vendu seulement pour un sou, La Petite Presse était un des premiers journaux à proposer un supplément illustré, des romans feuilletons et des informations quotidiennes jusqu’aux plus sensationnelles. En 1906, un article en première page rend compte des activités de la Maison Verte, dans le 18e arrondissement parisien (2). Se situant d’abord boulevard Barbès, la Maison Verte a été transférée rue de Clignancourt « dans un superbe local qui avait coûté plus d’un demi-million » durant cinq ans, avant de rejoindre suite à « un nouvel avatar », un maison confortable mais plus modeste, rue Marcadet, et qui correspondait finalement, davantage à sa mission en milieu populaire. Le marché immobilier parisien était déjà en effervescence et la Mission populaire évangélique jonglait déjà avec ses ressources et ses locaux !

De bonne moralité !

La Maison Verte est présentée comme une « solidarité parisienne », ce qui laisse entendre qu’il y avait d’autres solidarités, d’inspiration chrétienne ou non. Le terme « fraternité » n’y est pas retenu pour désigner le lieu. Les ouvriers s’y retrouvaient pour causer, boire (uniquement des boissons saines comme le thé ou le café, et sans alcool !) et jouer. Ce « salon du pauvre » n’était qu’une activité parmi tant d’autres. Sont énumérés : la Croix bleue et ses sections cadettes, une bibliothèque, la ligue de l’Etoile blanche (pour prévenir l’immoralité), une œuvre de trousseau destinée aux jeunes filles en vue de leur mariage, un dispensaire… Et « un secrétariat du peuple » ! On y donnait « des consultations juridiques destinées à protéger » les ouvriers. La Mission populaire évangélique anticipait les exigences d’une machine administrative déjà à l’œuvre.

Une laïcité évangélique

Le journaliste prend bien soin de distinguer l’œuvre sociale et l’œuvre religieuse au sein même de la Maison Verte. Cette distinction relève du cadre juridique, tout récent, de la loi de séparation de l’État et de l’Église, et du souci de rassurer les anticléricaux. Il est même signalé que l’œuvre sociale est « basée sur une absolue neutralité politique et religieuse », « en dehors et au-dessus de toute discussion de ce genre ». C’est une laïcité, toute paulinienne, que salue le journaliste : « sans abdiquer son sérieux fondement chrétien, elle [la Maison Verte] se laïcise autant qu’il faut, afin de se faire toute à tous ». Les éléments de langage sont déjà bien en place, l’équipier de l’époque, M. Peyric, semble en tout cas parfaitement les maîtriser pour expliquer le cadre des activités et leur inspiration. Sans aucun doute, aurait-il pu largement convaincre les représentants des collectivités à venir… !

Enfin, l’auteur a compris tout le potentiel inclusif et prophétique d’une fraternité en promettant à la Maison Verte « un avenir aux couleurs de l’arc en ciel » et « pour le bien de tous » !

Muriel Menanteau

(1) Rocambole est un personnage de fiction créé dans le roman-feuilleton « Les drames de Paris » en 1857. Ayant recours aux usurpations d’identité, vols, chantages et meurtres, après un séjour au bagne il devient justicier. De son nom, a donné l’adjectif rocambolesque.

(2) « Œuvres de solidarité, La Maison Verte », La Petite presse : journal du soir, politique, quotidien… / [rédacteur en chef : Balathier Bragelonne], 1906-07-28. Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.