En relisant nos statuts je me suis aperçu que je n’étais pas appelé à faire un « rapport moral », mais plutôt un « rapport d’orientation générale ». Ainsi, la lecture du passé (lointain ou proche) doit plutôt nous engager à préparer l’avenir.
Vous savez qu’il y a en France des débats sur les nouveaux programmes d’histoire. Devons-nous transmettre un récit national avec ses grands moments et ses grands personnages pour que les élèves soient d’abord fiers d’être français ? Ou devons-nous aider les élèves à approfondir certains thèmes (avec leurs côtés critiques parfois) pour qu’ils deviennent des citoyens réfléchis ?
Ma lecture du passé (proche) de la MPEF ne veut pas – en tout cas- faire abstraction des difficultés, même si bien des choses positives sont survenues.

Ombres et Lumières de l’année passée

Les personnes

Une de premières responsabilités du Comité National c’est de trouver, et d’accompagner les envoyés de la MPEF.
Pour l’année 2014-2015, nous avons eu la chance d’avoir des candidatures, de voir le démarrage de Claude Gillet à Rouen l’été dernier, celui de Véronique Mégnin à Montbéliard en janvier. Et nous aurons celui d’Ariel Westphal dans les prochaines semaines au Picoulet.
Le travail de recrutement du CN est un travail de discernement, appuyé certes sur les avis des Conseils des Fraternités, mais aussi soucieux d’éviter des difficultés prévisibles.
C’est ainsi que le CN a été conduit à refuser une candidature bien que nous ayons plutôt des difficultés à trouver des envoyés – chefs de poste. Cela ne devrait pas vous étonner car vous savez tous et toutes la situation complexe dans laquelle peuvent se retrouver les envoyés. J’y reviendrai.

Permettez-moi juste d’affirmer que nous regrettons encore une fois cette année de ne pas avoir pu proposer/trouver quelqu’un qui convienne au poste de La Rochelle, le seul non pourvu à ce jour d’un-e envoyé-e de la MPEF.
Signalons que va bientôt partir, pour une deuxième fois, une lettre aux pasteurs en poste dans les Eglises Unies pour les inciter à s’intéresser à la MPEF.

Nous avons aussi en CN avancé un peu dans la réflexion sur les modalités de reconnaissance des envoyés. D’abord en faisant en sorte que les nouveaux envoyés soient accueillis liturgiquement quand ils le souhaitaient dans leur poste. Mais aussi en proposant à ceux qui le souhaitaient et n’étaient pas ministres du culte, d’être reconnus comme pasteurs ou de recevoir une délégation pastorale. Le travail reste à poursuivre, les choix à préciser. Mais cela me semble relativement important si nous voulons pouvoir accueillir comme envoyés des personnes qui ont d’abord une compétence d’animation, complétée d’une compétence théologique.

Depuis maintenant quelques années le CN fait en sorte de respecter les différentes étapes d’évaluation des envoyés. C’est un gros travail – je l’ai déjà dit – mais c’est une vraie occasion de rencontres, d’approfondissement. Et quelquefois c’est aussi le moment où peut se décider une fin de parcours au sein de la MPEF. Ce n’est pas toujours facile comme séparation. Surtout quand les durées d’engagement dans un poste ont été très/trop longues. Cela nous interroge sur la manière dont chacun à sa place (Comité National – Conseil d’Administration local) assume accompagnement et « gestion prévisionnel des personnes ».

Sur les questions de personnes, il y aurait encore beaucoup de choses à dire. Nous avons notamment une préoccupation sur l’articulation entre les envoyés-chefs de poste et les salariés des associations locales (notamment ceux en position d’encadrement). J’y reviendrai tout à l’heure à partir d’un autre point. Enfin je veux souligner qu’il peut arriver qu’il y ait des relations complexes entre les envoyés et les administrateurs des Conseils d’Administration. Pour être administrateur d’autres associations, je ne suis pas surpris personnellement de ces tensions. Elles existent ailleurs, elles sont parfois exacerbées par les pressions des pouvoirs publics, mais aussi par une tendance entrepreneuriale dans les CA. Il y a surement des choses à préciser, des formations et des échanges à organiser pour que ces relations soient plus du soutien que du contrôle, des objectifs portés à plusieurs plutôt que des délégations trop faciles ou des prises de pouvoir intempestives.

Un autre domaine de visibilité incertaine : la laïcité

Les relations humaines, les conflits de personnes peuvent être exacerbés par un manque de précision dans la répartition des compétences mais aussi par un aveuglement volontaire devant ses propres pratiques.
Il me semble que nous connaissons à la MPEF un autre domaine dans lequel nous vivons des difficultés, des situations complexes à démêler, des aveuglements volontaires de nos partenaires, c’est celui de notre rapport à la laïcité. J’en ai déjà parlé longuement l’année dernière. Mais les événements de ce mois de janvier ont remis cette question à l’ordre du jour d’une manière de plus en plus marquée, et avec des effets de plus en plus pratiques dans nos Fraternités.

D’abord je voudrais souligner l’engagement de nos Frats dans un accueil sans conditions, mais aussi dans un accueil qui n’évacue pas la dimension religieuse : les personnes ne doivent pas abandonner leurs convictions et leurs marqueurs religieux pour être accueillies dans nos Frats ; nous n’avons pas non plus à cacher qui nous sommes, au nom de qui nous agissons. C’est d’ailleurs comme cela qu’après les évènements de janvier, il y a pu avoir des échanges forts et vrais dans les Frats.

Maintenant certains financeurs des Frats ont tendance à demander, non pas un respect de la laïcité mais une stricte neutralité dans l’organisation même de nos Fraternités. Et donc tendance à opposer des refus (plus ou moins formellement) à l’affirmation paisible de nos références, à demander que les personnels dirigeants des activités sociales ne soient pas rémunérés par la MPEF, voire qu’ils ne soient pas ministres du culte, à exiger que les informations locales ne fassent pas mention des activités spirituelles…etc.

Il faut que nous refusions ces contraintes inadmissibles. Que les Conseils d’Administration les refusent. C’est une méconnaissance de la laïcité. C’est une atteinte à notre liberté. Et je pense que c’est aussi une erreur des pouvoirs publics de ne pas soutenir des lieux d’ouverture et de relations interreligieuses. De vouloir réduire leurs capacités d’initiative.
D’ailleurs ces pouvoirs publics vivent une espèce de contradiction : en effet puisque nous sommes de ces rares lieux où la question religieuse et la laïcité peuvent être débattus, nous sommes aussi sollicités pour faire la promotion du « vivre ensemble » et de la connaissance partagée du fait religieux. Il faut que nous combattions sur cette ligne de crête : être une association de référence chrétienne qui accueille tous et favorise l’expression partagée des cultures et des religions.

Les nouvelles fraternités
Je vous ai parlé de questions pour lesquelles nous avons des travaux à poursuivre, des décisions à prendre.
Mais dans cette partie sur l’année passée, il y a aussi plusieurs motifs de satisfaction sans ambiguïté. Et d’abord celui des nouvelles fraternités qui sont en route. Vous vous souvenez que nous nous étions donnés l’objectif de créer deux ou trois nouvelles Fraternités. Nous en sommes à deux, dont une est implantée depuis janvier dans des locaux mis à disposition par l’EPUdF dans l’Aire Urbaine Belfort Montbéliard, et dont l’autre devrait s’implanter à Gennevilliers dans les prochains mois.
Nous nous réjouissons fort de cela, et vous en aurez des informations plus précises tout à l’heure.

Les questions immobilières
Je voudrais dire aussi la reconnaissance du CN – et je pense des Frats - à Michel Valognes pour ses travaux, ses expertises…

Communication Francis vous dira certainement ses préoccupations et aussi ses satisfactions dans le domaine de la communication qu’il porte avec une petite équipe qui est toujours à renforcer.
Peut-être juste souligner que le nombre de donateurs à la MPEF a progressé ces dernières années, et que c’est une démarche que nous devons continuer.

Les questions financières
Il appartiendra à Alexandre de vous présenter le compte de résultats 2014 (en équilibre bien positif !) et le projet de budget 2015. Alexandre sera encore là l’année prochaine pour nous présenter le résultat 2015. Mais il a informé le CN de sa décision de ne pas demander le renouvellement de son mandat de trésorier en 2015. Nous le remercierons comme il se doit en 2015, mais vous comprenez que nous cherchons dès maintenant une personne qui accepte cette charge, ce service, ce ministère de trésorier national. Si vous avez des idées de personnes que nous pourrions solliciter !?

L’année à venir

J’avais envisagé de reprendre le thème de notre rencontre nationale autour de l’environnement, de l’écologie, pour en dire un mot théologique et expliquer pourquoi nous avions choisi ce thème.
Mais je ne voudrais pas être trop long. Donc nous partagerons ensemble tout à l’heure sur ce que nous faisons, ce que nous pouvons faire, dans nos Frats, avec les personnes présentes, dans les territoires où nous sommes implantés… Et sur les raisons sociales, politiques et spirituelles d’être engagés dans la lutte pour d’autres formes de consommation et de vie quotidienne, soucieuses de la Terre que nous transmettrons aux générations suivantes.

Je voudrais plutôt évoquer maintenant l’avenir, l’avenir proche pour la MPEF et ses échéances.

Il y a d’abord le Congrès des conseillers des 26 et 27 septembre. Un Congrès pour les conseillers des Conseils d’Administration des Fraternités. Pourquoi nous l’avons voulu ?

  1. Pour rassembler l’ensemble des membres des CA, quelques soient leurs liens avec la MPEF (parfois assez distendus), pour leur permettre de découvrir la MPEF dont ils font partie, de réaliser la multiplicité des relations de leurs Frats avec la MPEF, historiques, pratiques, et d’abord humaines.
  2. Pour manifester la reconnaissance réciproque de la MPEF pour les engagements et les apports des membres des CA à la vie de leur Frat, et rendre visible et concrète l’intérêt d’échanges et de partages dans cet ensemble MPEF.
  3. Enfin pour faire en sorte de mieux articuler, ensemble et de manière explicite, le projet spirituel/social/politique de la MPEF et les projets locaux.


Pour le dire autrement :
Les membres des CA sont les responsables des projets associatifs et d’établissement des Frats et Foyers.
En tant que responsables des projets associatifs (c’est-à-dire des objectifs à long terme appuyés sur des références partagées), il est crucial que les membres des CA inscrivent leur projet associatif local dans la perspective posée par la MPEF (à Dourdan et au long des années). Il importe donc qu’ils connaissent, partagent et éventuellement contribuent à l’élaboration du projet global de la MPEF – notamment dans sa dimension spirituelle.
En tant que responsables des projets d’établissement ou du projet social (c’est-à-dire les projets annuels ou pluri-annuels présentés aux partenaires financeurs), les membres des CA sont des experts dans les attentes des habitants des territoires sur lesquels les Frats et Foyers sont implantés. Il est donc important que l’expertise des CA permette d’affiner les objectifs de la MPEF, mais aussi que les échanges entre les différents CA nourrissent les projets de chacun.

Il faut que nous nous redisions –avec les membres des CA - quel est le service que nous avons à rendre à nos contemporains.
Qu’est-ce qui fait/pourrait faire notre spécificité ? Pas notre identité une fois pour toutes mais notre mission, notre rôle particulier ? Quel est le projet de la Miss Pop, celui que nous portons, celui que nous voudrions porter ? En effet il me semble que nous devons être plus clairs sur ce que signifie être du Mouvement de la Mission Populaire. C’est le projet MPEF (partagé entre tous, par tous) qui doit orienter les projets associatifs locaux. Et surtout qui doit être notre socle et notre ressource en face des injonctions – plus ou moins paradoxales – des partenaires financeurs.
Ce n’est pas une volonté de pouvoir de la MPEF sur les associations locales, ni une volonté d’uniformisation. C’est une question de fidélité (actualisée) à ce que nous avons reçu comme mission. Nous ne sommes pas des prestataires de service répondant à des commandes ou des appels à projet des financeurs. Nous sommes des porteurs du projet MPEF, un projet qui se traduit par des actions qui peuvent, dans certains cas, être soutenues par des financements publics.

L’équipe qui prépare le Congrès a prévu de m’y faire intervenir – je crois- mais je voudrais avancer une ou deux convictions ce matin sur ce « projet MPEF ». Elles sont bien entendu offertes à la discussion.

La caractéristique de la MPEF c’est de vouloir (ou d’essayer d’) articuler les actions menées, les paroles proférées avec une réflexion sociale, politique et des convictions spirituelles.
Aussi nous devons donc toujours peser les évidences de notre quotidien associatif à partir d’une analyse plus large. Nous devons nous demander si le social, l’action sociale que nous pratiquons est la bonne manière de combattre les injustices. Nous devons nous questionner sur les politiques publiques et leurs limites, sur d’autres manières éventuelles d’agir. Mais surtout nous devons nous demander de quoi nos contemporains ont besoin. Quelle aliénation et quel conditionnement ils subissent ? Quelle vie ils désirent ? Quelle vie est désirable ? C’est pour moi une manière de formuler la question : quelle doit être notre priorité, au regard de ce qu’est la société française aujourd’hui et de ce que nous dit l’Evangile ?

De quoi nos contemporains ont besoin ?
De liberté et de dépendance.
Une vraie liberté, qui n’est pas celle du libéralisme, de la possibilité de tout faire sans règles. Une liberté qui est libération des conditionnements, des injonctions à cumuler pouvoir, richesse et reconnaissance sociale. Libération de la compétition et de la lutte de chacun contre tous. Libération aussi des systèmes qui écrasent parce qu’ils prétendent que tout est affaire de responsabilité personnelle, que tout échec est une faute.
Je prétends que cette liberté ne se comprend et ne s’acquiert que lorsqu’elle s’appuie sur une expérience de partage et de reconnaissance réciproque. C’est pourquoi je crois aussi que nos contemporains ont besoin d’une vraie dépendance, c’est-à-dire d’une manière de comprendre le monde, de se situer, non pas dans la concurrence mais dans la coopération, non pas dans les inégalités qui génèrent le ressentiment mais dans l’égalité qui préserve les dignités, non pas dans l’imitation des modes uniformes mais dans la complémentarité des cultures.
C’est en affirmant cette double dimension de liberté et de dépendance que nous sortirons de ce faux dilemme entre assistanat et responsabilité personnelle, qu’essaient de nous servir les politiques qui veulent faire régresser la solidarité et tout évaluer par individu. Nous croyons que la responsabilité personnelle se cultive en commun, qu’elle émerge de chacun quand il est solidaire d’autres. C’est en ce sens que nous croyons à l’éducation populaire et au pouvoir d’agir (collectif). C’est en ce sens que nous croyons que la liberté chrétienne n’est pas seulement une affaire personnelle, mais qu’elle se découvre au contact des autres et qu’elle est libération pour plus de fraternité.

Je confesse que j’utilise ce matin des « gros mots », un peu ronflants. Mais je suis persuadé qu’ils sont mis en œuvre dans beaucoup de nos activités. Je suis aussi convaincu que seules nos activités qui portent ce double souci de la liberté et de la dépendance valent le coup, c’est-à-dire contiennent une promesse pour l’avenir des personnes et de la société. Le reste risque d’être du traitement social des blessures trop douloureuses et/ou le cache-sexe des inégalités trop voyantes.
Cela devrait engager notre pratique vers plus de paroles échangées et plus de constructions collectives. Et donc vers moins d’activités mesurables, quantitativement évaluables, et plus de rencontres, de temps de convivialité, de débats, d’approfondissement intellectuel et spirituel.
Je soutiens cette position avec d’autant plus de conviction que je ne connais pas beaucoup d’endroits, je n’en connais même pas du tout – à part la MPEF – où se combinent volontairement l’action de solidarité et la réflexion politique et sociale, la réflexion politique et sociale et la recherche spirituelle, la recherche spirituelle et la fraternité la plus large.
On pourrait s’inquiéter du fait que cela suppose beaucoup de paroles et pas assez d’actions. Je pense au contraire que nos contemporains ont besoin de parole, de parler et de partager des paroles. Et qu’une de nos tâches, c’est de créer les conditions de ces échanges. Nous le faisons déjà quand nous voyons que se multiplient dans les Frats les occasions de convivialité, les accueils, les repas, les fêtes, les sorties, les séjours, les conférences, les ateliers...et les cultes. Nous avons sans doute à imaginer encore d’autres moyens, à mieux orienter les ressources humaines dans cette direction, enfin à mieux former les bénévoles et les salariés à cette dimension qui engage non seulement leurs compétences professionnelles mais leur être propre.
Je lisais ces jours-ci la correspondance de « Monsieur Nick », pasteur à la Mission Populaire de Fives Lille au début de la guerre de 14. Les activités de la Frat étaient d’autant plus développées que l’action sociale des pouvoirs publics, la protection sociale, étaient bien minces. Mais ce qui frappe c’est la multiplicité des lieux d’échanges, par génération, par sexe, par addiction aussi. Lieux de parole pour la guérison, pour la formation intellectuelle spirituelle et politique, et enfin pour l’élaboration de revendications au bénéfice de tous. C’était cela d’abord la richesse de la Fraternité. Dans le temps de bouleversement, de transition, que nous connaissons – sera-t-il moins violent que la Guerre de 14 ? – c’est aussi notre richesse : La parole, la Parole reçue, les paroles échangées, la Parole interprétée à plusieurs, les paroles lancées vers d’autres.

La Bible affirme que la Parole est action et création. Nos Frats peuvent être des lieux de création de liberté partagée et de dépendance cultivée, grâce aux actions menées et aux paroles échangées.

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