Dans une chronique déjà ancienne j’avais indiqué qu’en période de difficultés, s’il est un mot qu’il faut utiliser avec précaution, c’est celui de réforme. Il fonctionne avec une double détente.
Au premier coup c’est le mot-valise, pour annoncer qu’on a trouvé la solution, mais quand on le répète à l’envi, cela ne manque pas d’éveiller le soupçon : et si la réforme c’était surtout la régression ? Au second coup, on ouvre la valise pour savoir ce que réformer veut dire, concrètement, dans une situation donnée, et le Président l’a dit sans ambages : on ne peut pas faire des économies sans sacrifices. A commencer par ceux consentis par l’Etat, suivis de ceux demandés aux citoyens. Je ne vais pas en faire la liste, mais vous en connaissez les plus spectaculaires : les familles soumises à la diète, le diesel augmenté de 2 centimes, la lutte contre la fraude au chômage (en n’oubliant pas que 47% des chômeurs ne touchent rien), etc... A cela s’ajoutent les propositions régressives du MEDEF : suppression de deux jours fériés, fluctuation des seuils sociaux (pour élire des représentants du personnel), SMIC « raboté » pour que les chômeurs seniors puissent être embauchés, etc. ……

Les obstacles à leur mise en œuvre sont de deux ordres. Le principal est l’absence d’une majorité consensuelle, dont la recherche est au cœur de nombreux débats dans le pays. L’incohérence des Français est patente : majoritairement acquis à la nécessité des réformes, ils rechignent dès qu’ils sont concernés : la réforme c’est pour les autres, pas pour moi ! Le second obstacle tient à l’état du dialogue social. Il y exactement cinq ans que ce sujet a été mis à l’ordre du jour des partenaires sociaux, et l’on se dit bien décidé à conclure en fin d’année 2014. Depuis 2009, des quantités de publications ont abordé ce sujet – mais qui les lit à part les DRH ? – On y trouve pourtant des idées, par exemple, associer aux partenaires sociaux, des membres de collectivités territoriales, ou même, de la société civile. On gagnerait aussi à s’inspirer des propositions du CJD (Centre des Jeunes Dirigeants) rarement cité. A la reprise de cette discussion, mal engagée, quel est le « deal « possible : échanger la reconnaissance de représentants du personnel dans les PME et petites entreprises (demande syndicale) contre une flexibilité des seuils pour les y introduire (demande patronale) ?

L’actualité sociale est le reflet de la conjoncture marquée par l’absence de croissance, la stagnation du chômage, la permanence du déficit public, que les différents observateurs ne voient guère évoluer, et plutôt empirer. L’INSEE emploie des formules pour le moins ambigües « la croissance revient, mais ne décolle pas » ( !). En présence d’un Etat qui procède par petites touches, en taxant par ci par là pour ne pas augmenter les impôts, la population se résigne, sans provoquer l’explosion sociale dont les agriculteurs de Morlaix ne sont pas l’avant-garde. Les revendications sectorielles empêchent la constitution d’une alliance efficace contre la politique suivie, et quand des jeunes défilent c’est pour lutter contre le réchauffement climatique et pas pour grossir les bataillons syndicaux. Globalement le monde populaire décroche, gratifié de réductions d’impôt dans le bas de l’échelle, et pénalisé quand il se rapproche trop des classes moyennes. Une chose est certaine : les 10% les plus riches ont vu, en moyenne, leur revenu croître de 1.800 euros par an (1). Dans les entreprises on a parfois des surprises : les anciens Conti (pneu) gagnent aux Prudhommes, alors que la grève d’Air France n’a fait que des perdants. Et Florange, nous nous en souvenons ?... Voici qu’Arcelor Mittal a embauché 600 personnes en 2013 , et compte continuer en 2014 , pendant que Toyota a découvert que pour améliorer la performance des robots il fallait leur adjoindre des « experts maison » pour éviter des malfaçons. Belle revanche du métier sur la chaîne de Charlot dans les « Temps Modernes » !


(1) Voir le site « contacts@inégalités.fr

Guy Bottinelli CA Mirly 16/10/14