Trois épreuves m’ont fait réfléchir sur mon rôle en tant que président du conseil à la Maison Verte

  1. Sans aucun doute l’incendie dans plusieurs salles était l’épreuve le plus dure à vivre. Après des années de travail pour que les activités dans la fraternité s’épanouissent, un événement dramatique et douloureux venait nous rappeler que nous ne sommes pas tout-puissants. Comment réagir ?
    J’étais en vacances depuis deux jours quand le téléphone a sonné pour m’annoncer l’incendie pendant la nuit dans la salle de tri. Francis Muller, secrétaire général national était déjà sur place et commençait à faire les premières déclarations. Les salariés et les bénévoles se sont organisés pour accueillir les usagers dans un coin de fortune. Il fallait couper les vacances et prendre le relais de Francis. De cette épreuve me reste l’élan de la solidarité autour de nous. L’église de Batignolles et son pasteur nous ont proposé des salles et des vêtements pour remplacer ce qu’on a perdu. Les bénévoles des autres fraternités sont venus nous donner un coup de main. Le siège de la MPEF était présent et nous a aidé dans l’administratif et le financier.
    Suite à un appel à dons, le soutien financier est arrivé et nous avons commencé à faire les travaux. L’assurance a pris sa part de responsabilité et les entreprises étaient bien engagées pour remettre la Maison Verte aux normes. J’avoue maintenant que mes larmes ont coulé discrètement quand j'ai vu la salle après l’incendie, mais je reconnais aussi que j’étais très ému de voir les salles refaites et belles. Nous avons travaillé beaucoup ensemble pour reprendre les activités une par une. Je peux que remercier les gens qui nous ont aidés et ceux qui nous ont soutenus. La plus grande richesse finalement c’est cette solidarité humaine, ce sont des samaritaines et des samaritains qui n’ont jamais voulu donner leurs noms.


  2. La deuxième épreuve était le débat passionné sur les bénédictions des couples de même sexe. Ces débats m’ont appris que le travail de dialogue et de compréhension mutuels est primordial. Comment dépassionner les débats et trouver une solution qui fasse consensus dans le conseil ?
    Depuis 1999, la Maison Verte a choisi ouvertement d’accueillir et d'accompagner les homosexuels dans des rencontres personnelles et de groupes de prières auxquels j'assistais régulièrement. Le souvenir de ces réunions me fait dire aujourd'hui que le Christ était au centre de nos réunions. Je n'ai jamais regardé les participants en tant que homos, africains, arabes, ou autres. On était toutes et tous des frères et des sœurs en Christ, et le sentiment de fraternité entre nous était plus grand que toutes les différences.
    Après 2006, nous avons senti les divisions dans le conseil entre les administrateurs qui acceptaient ou non des bénédictions des couples de même sexe à la Maison verte.
    Je précise ici, que la division n’était pas seulement sur le plan théologique mais aussi sur les questions de lieu. Ceux qui pensaient qu'un mariage est lié à la question de fécondité et ceux qui pensaient qu'une bénédiction est donnée à tout le monde (« bénissez vos ennemis »). Ces divisions sont d'abord et avant tout culturelles : les administrateurs d'origine étrangère étaient défavorables alors que ceux de l'Europe du nord étaient pour. Deux autres divisions apparurent moins importantes. La générationnelle : les jeunes étaient favorables alors que les plus âgés l'étaient moins. La deuxième division entre les homosexuels eux-mêmes : une partie était pour alors que d'autres trouvaient que cette question était devenue trop centrale et idéologique et prenait le dessus sur toutes les autres questions et ceux-là ne voulaient pas passer en force.
    Le comité national de la Miss Pop a adopté un texte permettant aux pasteurs d'accueillir les couples homosexuels pacsés et de leur proposer des gestes de bénédiction. Il faut rappeler qu’en dix ans la Maison Verte a célébré 3 bénédictions seulement. Il ne faut pas penser que les Fraternités vont s'écrouler sous les demandes ! Par exemple depuis le texte sur le mariage pour tous, nous n’avons pas reçu une seule demande! Quelques soient nos convictions, n’oublions pas l’aspect égalitaire et culturel du pays où l'on vit, et n’oublions pas de regarder nos enfants qui nous apprennent comment réfléchir par rapport à cette question. Je pense que c’est la clé avec laquelle il faut aborder l’avenir.


  3. La troisième épreuve c’est l’organisation de la fête des 140 ans de la Maison Verte. C’était un moment de joie, on était heureux d’accueillir des hommes et des femmes qui ont fait l’histoire de la Maison Verte, des "Justes" qui ont mis des enfants juifs de notre quartier à l’abri pendant la seconde guerre mondiale au château de Cappy, et des résistants qui se sont levés contre le racisme et d’autres injustices dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Quel enseignement retiendrons-nous de l’histoire ? Cette journée a demandé beaucoup de préparation surtout que notre pasteur-directeur est parti en juillet et la nouvelle directrice n'est arrivée qu'en novembre. Le conseil, les salariés, les coordinatrices des activités et les bénévoles se sont organisés pour donner la meilleure des fêtes. Des banderoles, un repas partagé, des paniers pour les visiteurs et des conférenciers hors pair. Voilà, une manière de fêter les 140 ans de la Maison Verte.
    Les conférences se sont déroulées dans une ambiance spirituelle, la salle écoute les récits dans un silence d’église, et les témoignages de Mme Joussellin, de Jacques Walter et des éclaireuses de cette époque sont irrésistibles. Le dialogue avec la salle était plein de douceur et d’admiration. J’ai rarement vu une telle ambiance.
    Dans l’après-midi nous avons écouté le récit du lancement du Journal Libération et les débats avec les comités de rédaction populaires dans la salle même où nous étions. Les témoignages sur l’histoire de l’affaire Overney et sur la présence de Sartre et de beaucoup d’autres intellectuels dans cette salle avaient quelque chose de magique. J’ai vu des yeux humides au récit de la première fois où le pianiste Miguel Angel Estrella a joué à la Maison Verte après sa sortie de prison.
    Le premier enseignement de cette journée était de rester fidèle aux valeurs de ceux qui nous ont précédés. J’ai remarqué que les anciens disaient « nous ne sommes pas des héros, on a fait juste notre travail ». A la fin de l’après-midi, c’était à notre tour de leur présenter nos activités d’aujourd’hui et notre travail dans l’éducation populaire. Les coordinatrices du soutien scolaire, des cours de français, de la coopérative alimentaire, du ciné-club et des cours de musique pour jeunes ont présenté leurs activités. Nous avons constaté que les combats contre l’injustice et l’inégalité continuent. Le combat pour la dignité humaine ne change pas selon l’époque, c’est un travail permanent de tous les jours dans la Miss Pop et ses fraternités.
    Nous avons chanté, partagé, toutes et tous ensemble un hymne à la fraternité. Voilà ce qui me retient dans ce lieu magique. Voilà pourquoi nous sommes engagés dans cette mission, voilà pourquoi il faut choisir ce chemin pour continuer ensemble.

Adrien Sekali