Introduction

Ce sera un rapport moral en deux parties, et une annexe plus personnelle.
Il parlera donc d’abord du moral du Comité National au jour le jour. Et ensuite du moral du Comité National pour l’avenir.
Pourquoi ces deux parties ?
Parce que le Comité National est d’abord un lieu où on doit exercer ses responsabilités au jour le jour: il y a des décisions à prendre, des réponses urgentes à apporter à des événements imprévus, à des situations personnelles inattendues… etc.
Mais aussi parce que le Comité National est un lieu où on ne renonce pas –on espère ne pas renoncer – à exercer ces responsabilités-là, à articuler ces décisions urgentes, avec un projet à plus long terme, avec une vision de ce que pourrait et devrait être la MPEF.

Au jour le jour

Je veux commencer ici par saluer le travail de Francis, notre Secrétaire Général. Le « travail » parce que c’est une charge lourde, parfois torturante (étymologie de « travail »). Mais on devrait parler plus encore de « ministère », de service, car c’est ainsi que Francis exerce ses responsabilités.
Je n’ai pas compté –et je ne sais pas s’il nous le dira dans le rapport d’activité - le nombre de déplacements, de rencontres des envoyés, des administrateurs et des conseils qu’il a effectués. Et aussi tout le relationnel avec les partenaires ecclésiaux et publics.
Je sais qu’il l’a fait avec une disponibilité et une volonté d’écoute plutôt rares.
(Il s’est même investi dans le bricolage à Ste Honorine, mais là je ne sais pas si c’est une charge ou plutôt un plaisir !)

Cette disponibilité de Francis, il faut dire qu’elle a été d’autant plus nécessaire et utile que nous connaissons (que nous avons connu ces derniers mois ?) dans les postes de la MPEF toute une série de conflits et de difficultés.
Il y a eu des problèmes matériels lourds, mais surtout des problèmes relationnels plus pesants encore.

Ces problèmes relationnels ont concerné aussi bien des président-es ou des conseils de Fraternités dans leur travail avec les envoyés (pasteurs-directeurs ou non), que des envoyés avec des salariés des Fraternités, ou encore avec des bénévoles. Ou des envoyés entre eux. Et enfin aussi les relations entre MPEF- Associations locales-Pouvoirs publics.
Bien sûr il ne s’agit pas d’intervenir dans les relations qui doivent être administrées par les conseils de Fraternités, mais il arrive qu’il faille être disponible pour accompagner les uns et les autres dans la recherche d’une meilleure coopération, ou dans la prise de décision concernant les personnes. Enfin il peut arriver qu’il soit important de marquer le désaccord de la MPEF avec des orientations et des pratiques locales, au point d’aboutir à une rupture.
Tout cela a d’ailleurs demandé du temps aussi au bureau et au Comité National, pour s’informer et prendre des décisions parfois difficiles.

Une question reste ici posée : nos difficultés sont-elles multipliées par notre mode de fonctionnement et de répartition des responsabilités entre local et national, par nos différences de statut entre associations locales et association nationale, entre salariés locaux et envoyés… ? Je le crois en partie, mais je ne suis pas certain que ce soit la cause unique.

Il ne faut pas croire cependant que tout a été négatif dans ce travail au jour le jour. Et je voudrais souligner ici l’apport qu’a pu être pour le Comité National le double mouvement des évaluations et des entretiens de recrutement d’envoyés.
Nous avons fait en sorte que le rythme des évaluations des envoyés soit mieux respecté. Aussi plusieurs membres du Comité National s’y sont engagés. Cela a été, je crois, l’occasion de découvertes réjouissantes de ce qui se fait dans les Frats, mais aussi l’occasion de faire émerger des questions auxquelles il nous faudra bien répondre un jour. J’y reviendrai.
Parmi ces évaluations, il y a eu celle du Secrétaire Général. Elle a été l’occasion pour le Comité National de dire notre reconnaissance à Francis pour son engagement. Elle a été pour Francis l’occasion de nous demander de fixer des priorités à son ministère et donc à la MPEF.
Les entretiens de recrutement ont été aussi l’occasion de partager avec les candidats la vision que chacun des membres du Comité National peut avoir du présent et de l’avenir de la MPEF.
Tout cela nous a conduits à reprendre les questions de fond de la MPEF et à essayer de définir des objectifs et un plan d’action pour les années à venir.

Un plan d’action pour traduire Dourdan

Dourdan a été une étape importante de la vie de la MPEF. Cela a permis de préciser quelle était l’identité –ou plutôt la mission- de la MPEF (Nous n’avons pas une identité posée une fois pour toutes, mais une mission à laquelle être fidèle dans un environnement et des contextes qui changent). Au travers des cinq chantiers, il s’est agi de dire ce que nous voulions être.
Mais ensuite ? Quelles actions mener dans la ligne de ces chantiers ? Cela n’avait pas été exprimé, à part dans le domaine juridique et de gestion financière. Aussi le Comité National a commencé à élaborer un « plan d’action » pour les années à venir avec un certain nombre d’objectifs. J’en soulignerai trois.

Premier objectif : développement de la MPEF avec la création de nouvelles Fraternités. Ce que nous avons inscrit dans notre programme de travail, c’est trois nouvelles Fraternités en 2017, avec déjà une ou deux nouvelles en 2015

Je veux rassurer celles et ceux d’entre vous qui sont attachés à leur Frat, et sont inquiets parfois de son devenir, du pourvoi du poste de pasteur envoyé vacant depuis longtemps…etc. Il ne s’agit pas d’abandonner des Frats, personne ne le veut et nous cherchons des envoyés (nous y reviendrons).
Il s’agit, dans cette démarche volontariste, d’être un mouvement qui ne veut pas simplement se conserver et dépenser petit à petit ses réserves, mais qui veut utiliser les moyens dont il dispose pour imaginer de nouvelles formes pour son service.
Le Comité National a donc chargé le bureau d’être le comité de pilotage qui va accompagner la réflexion et la mise en place, avec Stéphane Lavignotte comme permanent, d’une nouvelle Fraternité en région parisienne pour 2015. Par ailleurs, dans le pays de Montbéliard un projet a été élaboré avec l’EPUdF régionale et n’attend qu’un candidat pour avancer.
Il y a donc encore la place pour au moins une initiative !

Deuxième objectif : travailler ce que devrait être la réalité de la Mission Populaire localement.
Les créations prévues vont nous obliger à définir ce que nous voulons construire, ce qu’il est possible et souhaitable de mettre en œuvre sur un territoire précis, pour être fidèle à notre vocation et la faire vivre dans le présent.
Mais déjà, dans nos lieux existants, nous devons aussi renouveler et approfondir nos projets, et pas seulement à la demande des pouvoirs publics. Or je crois vraiment que nous ne sommes pas d’accord entre nous, et surtout que nous n’en débattons pas assez, de sorte que nous hésitons dans nos priorités.

Evangélique : Est-ce que nous désirons bien ensemble, au niveau local et au niveau national, que chaque Fraternité soit portée par une communauté croyante ouverte aux autres ? Une communauté capable de manifester le lien entre les activités de la Fraternité et l’Evangile et d’en rendre compte, une communauté dont les membres sont soucieux de se soutenir mutuellement, de proposer à d’autres ce soutien spirituel ou moral, et enfin une communauté en mesure de donner à vivre dans son accueil, son écoute des autres, ses alliances avec d’autres, quelque chose de la promesse d’un monde juste et paisible.
Je ne suis pas du tout sûr que nous soyons d’accord, ou que les responsables des Fraternités soient d’accord. Et la question n’est pas celle d’un Evangile explicite ou implicite. La réalité c’est que nos Fraternités sont –pour un certain nombre – des lieux d’activités sociales au côté desquelles est tolérée une activité cultuelle minimum.

Populaire : Est-ce que nous sommes bien d’accord ensemble, au niveau local et au niveau national, que chaque Fraternité a une vocation à se construire avec les personnes au milieu desquelles elle se trouve ? Qu’il ne s’agit pas d’être un groupe de salariés et de bénévoles qui monte des activités charitables ou même « pédagogiques » pour les plus pauvres et exclus. Qu’il s’agit de constituer au travers de nos activités une alliance entre personnes diverses afin que localement puissent émerger des formes de solidarité concrète, d’apprentissage mutuel, de renforcement social et politique, qui changent la vie de tout un quartier et pas seulement de quelques uns.
Je ne suis pas sûr, là encore, que nous soyons d’accord. La réalité c’est que nous sommes relativement prisonniers de nos habitudes et de nos financements. La réalité c’est que les politiques publiques sont peu imaginatives, souvent contraignantes, et que nous avons du mal à imaginer d’autres formes de travail social collectif.

Laïcité : J’avoue que je n’ai toujours pas compris ce que Dourdan appelait la « laïcité évangélique ». Nous sommes concrètement laïcs parce que nos activités sont ouvertes à tous, sans aucune condition ; parce que nous croyons que la fraternité est appelée à dépasser les barrières religieuses et à s’exercer dans une citoyenneté commune; Mais nous sommes aussi laïcs parce qu’il nous semble précieux d’apprendre à connaitre les religions et les philosophies qui font vivre nos contemporains. Et s’il y a une laïcité « théologique et évangélique », ce serait d’affirmer que nous ne prétendons pas détenir la vérité, mais que nous espérons la recevoir humblement, notamment dans les relations avec les autres. Mais sommes-nous d’accord ?

Troisième objectif : la communication.
Pour bâtir et consolider nos accords (et peut-être des désaccords), notre projet de « plan d’action » a essayé de poser un certain nombre d’occasions d’approfondir et de partager entre nous et avec nos partenaires, et de communiquer nos objectifs. Et peut-être de les modifier au fur et à mesure ?

Dans un premier temps, favoriser le partage d’expérience mais aussi la rencontre simple de celles et ceux qui se reconnaissent dans la MPEF.
Cela a été et sera le cas dans les colloques pour le partage et la réflexion. Mais le Comité National a aussi émis le souhait d’offrir de vivre ensemble, venus de toutes les Frats, des moments de fête, de découverte mutuelle, d’expression de notre communion dans l’engagement spirituel, social et politique. L’invitation à nous retrouver ensemble nombreux, à « Protestants en Fête », est une de ces occasions. Et il semble qu’elle ait reçu un très bon accueil. D’autres colloques et d’autres rencontres sont à prévoir.

Ensuite préciser et partager notre vocation avec tous les membres des Conseils d’Administration des Fraternités. La vie de la MPEF, nous le savons, c’est d’abord celle des Fraternités. Et dans les Fraternités, ce sont les membres des Conseils qui exercent collégialement la responsabilité d’orienter la vie de la Frat, de définir son « projet associatif » avant de présenter éventuellement aux pouvoirs publics des « projets d’établissement ». C’est donc avec les membres de ces Conseils, ensemble, qu’il est souhaitable de reprendre nos objectifs. Ce ne peut pas être un travail fait entre les seuls membres de la MPEF -association nationale. Nous envisageons donc une sorte de Congrès qui réunirait les conseillers des Frats en 2015.

Enfin communiquer autour de nous sur ce que nous voulons être, ce que nous offrons à vivre, et aussi ce que nous proposons de soutenir.
Et là, il y a plusieurs destinataires de notre communication :

  • Celles et ceux que nous voulons mobiliser dans l’action : les bénévoles et les salariés des Frats. Nous devons être capables de leur dire ce à quoi nous les invitons à participer. C’est la tâche des conseils locaux, mais aussi de Présence et des informations régulières.
  • - Il y a les envoyés de la MPEF. Nous devons être en mesure de rédiger –entre conseil local et comité national – des « lettres de mission » plus précises et plus cohérentes avec les objectifs local et national. Un travail est engagé sur les grandes lignes communes des lettres de mission.
  • - Il y a les Eglises où nous avons des soutiens, la presse protestante qui peut relayer nos initiatives et nos appels au don, il y a les ministres que nous pouvons appeler à rejoindre un poste de la MPEF.

Dans tous ces domaines de communication des premiers pas ont été fait (au travers de courriers, de flyers, de documents, de publicité..). Il faut surtout persévérer dans cette action qui ne portera des fruits que dans la durée.

Un point de vue plus personnel.

Ce plan d’actions, amélioré et précisé avec les discussions de cette AG, nous aidera au Comité National, à avancer pas à pas vers un avenir un peu mieux dessiné.
Est-ce qu’il répondra à toutes nos questions ? Je ne le pense pas.

Par exemple nous sommes aujourd’hui confrontés à une question importante :
Que répondre à des hommes et des femmes qui souhaitent entrer au service de la MPEF comme envoyés –notamment chargés d’animer la dimension spirituelle de la Fraternité – et qui ne sont pas des ministres « reconnus » dans des Eglises partenaires ? Comment les accueillir, les reconnaitre ? Le voulons-nous ?

Mais au-delà de ce genre de questions, je voudrais partager avec vous une conviction théologique et pratique, sur ce que nous sommes et devrions chercher à être. C’est une manière pour moi d’essayer de trouver un chemin dans la relative confusion qui prévaut dans notre MPEF, et de réagir aussi à cette manière exaspérante de parler dans notre MPEF de « 1901 » et « 1905 ».

La Mission Populaire Evangélique de France est une Eglise, se revendique comme une Eglise, certes particulière, originale, singulière, « inimitable », mais une Eglise !
Or une Eglise ne peut être d’abord que locale. Elle ne peut être d’abord qu’une communauté réelle, vivante et fraternelle, dans un lieu précis. Elle ne peut proposer une rencontre avec la personne de Jésus qu’au travers de personnes incarnées. La Mission Populaire ne peut pas être Eglise au niveau national si elle n’est pas Eglise au niveau local.

C’est déjà la conviction du Nouveau Testament qui parle d’abord de l’Eglise comme une communauté, vivant dans un lieu précis.
C’est la conviction du protestantisme qui privilégie la dimension locale de l’Eglise : il n’y a Eglise que si existe d’abord une assemblée locale. L’Eglise n’est pas une entité théorique ou bureaucratique ou hiérarchique, elle n’est pas la réponse à une contrainte administrative ou juridique, elle est formée de communautés locales.
C’est enfin le besoin de nos contemporains : rencontrer des témoins proches plutôt qu’entendre des discours lointains, être reconnu et accueilli par des personnes réelles, faire partie d’un groupe, trouver un bien-être personnel et collectif et célébrer cette communion.

Donc pour moi, il est juste et nécessaire que chaque Fraternité s’appuie en son sein sur une assemblée de croyants-chercheurs de Dieu. Précisons – pour vous rassurer peut-être - la théologie de l’assemblée chrétienne :

  • Elle n’instaure pas de limite entre ceux qui seraient dedans et ceux qui seraient dehors. Elle est constituée de celles et ceux qui se reconnaissent (ou voudraient être reconnus par) en celui qui est au centre : Jésus de Nazareth.
  • Elle n’existe pas pour elle-même, elle n’a pas d’intérêt à défendre, elle est toute entière au service de sa vocation, de sa mission.
  • Enfin elle s’incarne dans des personnes, dans des figures, qui ont chacune un rôle à jouer dans l’assemblée, un charisme, un don à reconnaître et à exercer.

Quelles conséquences j’en tire ? Comment cela pourrait-il se traduire dans les Fraternités de la MPEF aujourd’hui ou plutôt demain ?

  • Constituer réellement dans chacune des Fraternités des assemblées d’hommes et de femmes qui se reconnaissent comme porteurs de la vocation de la MPEF dans le lieu où est implantée la Fraternité.
  • Mettre au service de cette assemblée des personnes (ministres/serviteurs/envoyés.) capables d’accompagner ces hommes et ces femmes, d’inviter d’autres à les rejoindre et avec eux de consolider dans la réflexion, la lecture de la Bible, la prière et la célébration, le sens de cette vocation à la fois spirituelle, sociale et politique de la MPEF.
  • Travailler entre Fraternités, d’une manière organisée, ce que pourrait être aujourd’hui notre manière commune d’articuler, en pratique et en parole, le service total que la MPEF veut rendre à ses contemporains dans les domaines spirituel – social – politique, au nom de l’Evangile.
  • Il me semble enfin que la dimension interreligieuse devrait être une de nos préoccupations. Qu’un travail de connaissance mutuelle, mais aussi d’approche théologique pourrait être un des services à rendre à la société toute entière.

Je ne sais pas si vous voulez collectivement que nous soyons une Eglise originale, ou juste un conglomérat de Fraternités hétéroclites et autonomistes.
Je sais seulement que c’est notre vocation, entre des Eglises qui oublient parfois leurs responsabilités sociales, et des institutions sociales qui renoncent souvent à chercher un sens à l’existence avec celles et ceux qu’elles prétendent accompagner.
Je crois aussi que c’est en travaillant la dimension communautaire de nos Fraternités, la dimension d’édification mutuelle et pas seulement de service des uns vers les autres que nous deviendrons de vrais lieux d’éducation populaire. L’éducation populaire, ce n’est pas éduquer le milieu populaire, c’est ensemble, là où nous sommes, construire des raisons de vivre, d’agir et de transformer la réalité de notre territoire et peut-être au-delà.


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