Jeune lectrice de Témoignage chrétien en quête de lieux d'église ouverts, j'ai découvert la Mission populaire par le pasteur Stéphane Lavignotte, dont j'appréciais les commentaires bibliques dans cet hebdomadaire. Touchée par cette parole simple et ouverte sur le monde, cet Évangile pour les gens de la « vraie vie », adressé à chacun tel qu'il est, je suis allée à la rencontre de la petite communauté de la Maison verte : participer à un culte, à une soirée de prière inclusive, flâner à une braderie, écouter un concert... Et me voici embarquée au colloque de Dourdan, toute catholique que je sois, bien décidée à en savoir plus sur cette Miss Pop dont l'éclectisme ne cessera de me surprendre au long de ces quatre jours. De conférence en groupe de réflexion, au fil des rencontres et à travers les temps conviviaux des repas ou des chansons partagées, je comprends vite à quel point l'Évangile, loin d'être une référence identitaire, se vit ici concrètement dans l'humilité quotidienne de l'attention au prochain, et dans un oecuménisme de terrain. À l'heure où tant de discours de vérité prétendent précéder et normer l'expérience, je perçois avant tout, au sein de la Mission populaire, une grande attention au réel, à ses contingences, à sa diversité vivante. Comme le dit mon compagnon, un matérialiste historique : « l'Eglise, c'est ce que vous en ferez ! ».

Cette éthique de l'écoute se manifeste dans un « accueil inconditionnel » dont je fais personnellement l'expérience : me voici intégrée à cette petite aventure avec tout ce que je suis, sans nulle trace des discours englobants et compassés si souvent propres aux « milieux religieux ». Ce respect me touche au-delà de toute mesure, et me semble d'une portée théologique fondamentale tant il est reflet, témoin de l'amour inconditionnel de Dieu pour chacun : traduction littérale, en actes, du « aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Dans cette petite société fraternelle, où l'ouvrier, l'intellectuel, le croyant, l'athée, le bénévole et l'accueilli font bon ménage, il me semble retrouver quelque chose des aspirations de Rimbaud, un de mes poètes préférés – de sa révolte et son utopisme communards, de son rapport ambigu, protestataire (protestant ?) au christianisme, référence à la fois essentielle et répulsive pour lui. Une saison en enfer (1873), qui fait suite à l'écrasement de la Commune perpétré avec la bénédiction de l'Église catholique, scelle son rejet de l'ordre religieux ; mais cette oeuvre incandescente est aussi contemporaine de la fondation de la Mission populaire – autre type de réponse à la situation historique, par la continuation-transposition de l'utopie dans le christianisme social. Je me plais à imaginer la prédication militante d'un Rimbaud pasteur de la Miss Pop en 2010, idéaliste et révolté !

Doriane Bier (Maison Verte)