Le colloque de la Mission Populaire Evangélique de France, intitulé : « Vivre et manifester l’Evangile dans le milieu populaire », après avoir travaillé sur des contributions et des échanges en groupes, arrive à la conclusion que la MPEF et son mouvement, ses partenaires et amis, ont à ouvrir les chantiers suivants :

Le milieu populaire :

Il faut prendre le temps d’approfondir cette notion : y a-t-il un peuple ? Nous sommes dans ce milieu populaire et voyons combien il s’est diversifié, socialement, culturellement et religieusement. La précarité est devenue forte et constante pour la grande majorité, et pas seulement pour ceux qu’on appelait autrefois la classe ouvrière. Ce milieu fait l’expérience d’un émiettement, de méfiances et d’inquiétudes, de précarités et d’impuissances, et pas seulement d’un manque de revenus. Ses divers groupes nous apportent beaucoup, par leur chaleur, leur résistance à la rudesse sociale, leurs formes de communication particulières, et même une vraie noblesse. Ils recherchent en même temps de nouvelles espérances et de nouvelles formes de vie communautaires et d’inclusion. Avec eux notre projet et notre espérance construisent des liens, des pratiques, une solidarité, une histoire communes qui font de nous un peuple en quête de justice : c’est notre premier chantier.

Vivre et manifester l’Évangile :

Cette expression est tirée de la Charte du mouvement MPEF et définit notre projet d’une parole de liberté et de réalité, vécue dans le milieu populaire. Ce qui donne force à cette parole, que nous recevons du Christ Jésus de Nazareth, c’est une confiance envers l’humain, un accueil fraternel et un refus des fatalités. Cette parole s’oppose radicalement à tout système de domination qui écrase et nie les personnes. Par elle, nous sommes porteurs d’une inclusivité qui s’ouvre à toutes les différences, d’un humanisme qui valorise chaque personne et d’une espérance qui bâtit des ponts, autrement dit d’un évangile implicite. Avec discernement, respect et parfois audace, nous pourrons aussi le dire explicitement, surtout lorsqu’on nous interrogera : là réside la cohérence entre nos paroles et nos actes.

Une laïcité évangélique :

Nos fraternités sont des lieux d’accueil pour tous, d’écoute de chacun, de respect des différences, hors de toute domination d’un pouvoir religieux. C’est quand celui-ci disparaît que l’Evangile peut transparaître. Savoir vivre ce compagnonnage avec l’autre tel qu’il est, en étant tels que nous sommes, est une de nos compétences, un chantier qu’il nous faut développer. Ce chantier implique de s’exercer au dialogue mutuel, de sortir de nos peurs, de casser les préjugés, d’apprendre la diversité des approches religieuses et philosophiques. Comme nous le disions au Congrès de la Rochelle (2004), « nous ne confondons pas l’hôte pacifique et l’envahisseur sans respect » : les signes des religions ne doivent pas être prétextes à prosélytisme, ni moyens d’oppression ou même d’agression, mais occasions de rencontres, d’échanges, et de reconnaissance de l’identité d’autrui.

Notre marque maison :

Notre Charte nous rassemble dans une appartenance à un mouvement, autour d’une « règle commune ». Cette appartenance renforce chacune de nos implantations et leur donne une histoire et des partenariats partagés, et cela mérite d’être marqué ! Reste donc en chantier la question de l’utilisation de notre nom et de notre « marque » dans nos divers lieux. Au-delà de ces deux questions c’est le lien entre ce mouvement national et les fraternités locales qui est en jeu et en discussion. Il implique un premier chantier sur notre projet théologique et social, un autre sur nos statuts et fonctionnements institutionnels, un autre encore sur notre investissement en forces humaines. Mais nous avons surtout à faire équipe, à nous porter ensemble dans les tensions qui sont constitutives de nos engagements. Ce sera l’objet de journées à thèmes et d’autres formes d’échanges sur nos préoccupations communes.

Un vécu participatif :

Notre projet se décline en projets associatifs locaux, portés par des équipes locales (bénévoles, salariés, participants, conseils locaux, envoyés de la Mission Populaire). Leur contenu peut faire l’objet de débats, d’échanges, de partages entre les fraternités et au niveau national, y compris en ce qui concerne les moyens de les financer et d’obtenir des subventions. Mais ces projets devraient aussi être discutés, en bonne méthode « d’éducation populaire », avec les participants et bénéficiaires des actions menées : cette « co-construction » de nos projets est un chantier à ouvrir. Notre action, dans sa double dimension évangélique et sociale, sera d’autant mieux vécue que les membres locaux du mouvement de la MPEF seront engagés au sein des conseils locaux (sous la loi de 1901). Les acteurs de la mise en œuvre des projets associatifs devraient recevoir, de la part des conseils de postes, une définition claire de leurs rôles respectifs, un accompagnement et une reconnaissance de leurs engagements, et un soutien dans leurs difficultés. Et plus particulièrement il importe de reconnaître aux envoyés de la Mission Populaire leur fonction d’intermédiaires entre le projet du mouvement et sa déclinaison locale et de veiller à ce que les besoins distincts entre l’un et l’autre, parfois écartelants, se portent vers un but commun.