En prononçant son nom, /je suis/, se révèle aussi ma propre existence.

Au jardin d’Eden, la Parole de Dieu est relation créatrice et nourricière, celle du serpent qui n’a rien créé ni donné , évolue seulement dans la représentation, trompe et divise.

A la Parole, s’attache le besoin du vrai et du lien au réel. Pas de parole sans relationnel.

Jésus ne cesse de dire « en vérité je vous le dis… ». Sa Parole libère, relève, entraîne, annonce, accompagnée d’actes parlants. Elle nourrit par delà la mort. Elle se mange, se rumine, se réinterprète et réactualise, à jamais vivante.

Le plus insupportable pour Job, c’est que Dieu ne lui parle pas. Ce qu’il veut absolument obtenir : qu’Il lui parle.

Les bourreaux ne parlent pas et empêchent la parole. Mais les trésors de paroles, poèmes, contes , prières chants , paroles de Dieu , aident à tenir le coup dans les geôles des hommes…

La parole des pouvoirs emplit l’espace de la cité. Discours, proclamations, jugements, expertises, publicités. Parole formatée, maîtrise de la langue, des codes…On convoque trop les savants , les spécialistes et pas assez ceux qui vivent les situations concrètes.

L’Histoire fut longtemps écrite par les vainqueurs, mais on valide aujourd’hui les récits familiaux, la mémoire individuelle et on écoute les vaincus.

Si les Quilapayun n’en avaient pas fait un opéra dans les années 70, on ignorerait le massacre d’Iquique au Chili…

Ce dont on ne parle pas n’existe pas…

Que dit-on des milliers d’hommes, femmes, enfants mis en esclavage de par le monde, aujourd’hui ? eux-mêmes, réduits à la survie quotidienne n’ont pas les moyens de la parole.

Mais il est parfois dangereux de parler à la place de…

Dans nos banlieues, la parole des jeunes a du mal à se dégager des reformulations réductrices et orientées des travailleurs sociaux, journalistes, politiques. Les sondages eux-mêmes imposent des questions qui ne sont pas celles des gens.

Les paroles d’en bas se sont frayé un chemin : rap, chanson, ,théâtre , slam, paroles de colère mais aussi de tendresse d’émotion, de communion avec les opprimés…Joons chante « je voulais juste vivre…en paix ! » . D’autres lieux se sont multipliés : ateliers d’écriture, universités populaires, instances de débat et construction démocratique.

Il faudrait que tout cela se généralise, que cette sève irrigue les analyses, les projets afin qu’ils ne se dessèchent pas en abstractions décalées et langues de bois diverses…

Pas de parole sans écoute...Oser prendre du temps , entendre ce qui est derrière les mots, les silences..

Est-on suffisamment attentionné à cela à la Miss Pop ? Comment se nourrit-on de la parole échangée hors des moments dédiés ? Comment laisser leur espace au doute, aux divergences ? N’y a-t-il place que pour les paroles fortes, sûres d’elles-mêmes, adossées à des principes rassurants ?

Il est besoin d’incarnation : ce tissu fragile, incertain et maladroit de la parole informelle fait que la parole plus institutionnelle reste vivante.

Les apôtres se mirent à parler en langues…En chacune, il y a les langues du relationnel avec le prochain, celle du respect, celle de la curiosité, celle du doute sur soi-même, celle du désir, de l’invitation, de la demande…

De nos lèvres s’échappent si vite les paroles d’exclusion ou de jugement

« t’es pas des nôtres », « tu changeras jamais »

Alors que traversant nos peurs et nos amours-propres, se dégagent si difficilement les paroles qui font vivre et revivre

je te pardonne , je te fais confiance, je t’aime »
Gillette Gaudit