En cette période où tout est crise, on assiste à un retour paradoxal des « politiques publiques » qui intensifient les contrôles, tout en diminuant les financements. Ces politiques publiques se constituent de plus en plus en « appels d'offre » où ne sont plus recherchés que de simples opérateurs. Les associations sont mises en concurrence les unes avec les autres, parfois même avec le privé, conduisant ainsi à la marchandisation et à la privatisation de toute une partie du champ social. Il faut être reconnu comme une « bonne » association - bonne gestionnaire et pas trop critique : tout le monde se rappelle la réaction du ministre Besson au sujet de la Cimade : « On ne mord pas la main qui vous nourrit ».

Au lieu de soutenir la vie associative et leurs projets collectifs, ces politiques s'individualisent en ciblant tel ou tel critère social. Exemple : le passage du subventionnement d'actions éducatives périscolaire à la réussite éducative d'enfants en échec scolaire. L'action collective, l'éducation populaire, la mobilisation de tous les acteurs, la recherche de solutions concertées, ... tout ce qui fait sens dans le projet associatif, tout cela passe au second plan voire tombe aux oubliettes.

Cette déshumanisation de l'action sociale, renforcée par l'étouffement administratif, conduisent en effet les associations à perdre de vue leur projet associatif et du coup on retrouve là, comme dans d'autres secteurs, un découragement des équipes et un manque d'engagement de nouvelles personnes.

Face à cela, nous souhaitons prendre le temps de nous questionner et réfléchir collectivement en réseau à notre vocation, préciser nos projets, notre idéologie et nos valeurs, mais aussi nos modes de financements et et nos structures.

Nous souhaitons refaire circuler la parole le plus largement possible, notamment en lien avec le milieu populaire. Pour cela, nous devons nous former à de nouveaux outils plus participatifs.

Nous voulons ainsi être capable d'analyser le contexte dans lequel nous sommes pris, pour ne pas en être les jouets, mais l'utiliser voire le détourner.

Nous ne voulons pas être les aumôniers du désastre social.

Mais convaincus que la finalité de notre action ne se trouve pas dans nos structures mais en constitue l'horizon, nous pouvons dans l'espérance nous retrousser les manches et investir ces nouveaux déserts qui attendent des gestes et des paroles prophétiques qui dénoncent les fausses paix, ne pas travestissent pas la réalité mais la mettent à nu pour mieux y répondre.

Pierre-Olivier Dolino