Chers amis,

Cette année le rapport d’activités sera plus bref que l’an dernier pour donner plus de place aux témoignages de représentants de deux fraternités, Rouen et Marseille, ainsi qu’à ceux des équipiers de la Mission populaire et d’autre part pour vous permettre de travailler en groupe avant une restitution commune ; néanmoins, je voudrais évoquer maintenant avec vous quelques informations suivies de quelques remarques.

Tout d’abord la vie des Fraternités en 2008, vous trouverez dans le dossier les comptes rendus d’activités de toutes les fraternités. Je ne reviendrais pas sur ces activités d’ailleurs mais sur le contexte dans lequel elles se déploient.

C’est d’abord celui de la crise. Crise d’une ampleur majeure, peut-être beaucoup plus qu’une crise financière puisque déjà la crise économique bat son plein et que la crise sociale monte. J’avais employé l’an dernier la formule suivante « gardons nous du socialement correct ». Je crois que les faits nous y contraignent. Les enjeux traditionnels qui se nouaient

autour du combat syndical, de la lutte politique, de l’éducation populaire semblent parfois dépassés tant les effets de la crise vont bien au-delà de ce que nous connaissions par le passé puisqu’il s’agissait surtout de remettre en piste disait-on des marginalisés du système de telle sorte que par une seconde chance, qu’avec d’autres acteurs sociaux nous offrions, ils trouvent une place dans une société relativement stable en progrès et en croissance. Aujourd ‘hui il n’en est plus rien puisque la Société dans son entier est déstabilisée. La misère due à la précarité, au chômage, au recul de tous les acquis sociaux, se développe. Même la santé qui, en France, jouissait d’une protection relativement forte est menacée ; à petits pas, même si parfois un grain de sable retarde les mises en œuvre, la marchandisation du lien social se déploie ; une marchandisation qui rend totalement opaque et illisible une quelconque volonté politique.

Mais, c’est la deuxième caractéristique de l’environnement de nos activités, c’est que outre la montée en puissance, de la demande sociale, demande qui d’ailleurs peine à s’exprimer dans de plus en plus de circonstances (d’où les conduites de transgression ou celles de dépression), outre cette demande de plus en plus pressante, les politiques sociales qui devaient y répondre, dans lesquelles nous devions nous glisser pour exister sont de plus en plus brouillées, dénaturées et sans vrais moyens. Cela n’est plus une surprise, les budgets de l’Etat, des collectivités territoriales et des grandes institutions sont exsangues.

Ces deux premières caractéristiques sont ce qu’on pourrait appeler les contraintes externes. Mais il y a aussi les contraintes internes ou plutôt nos caractéristiques à nous, qui, à vous écouter , ce n’est pas dans les rapports, mais c’est notre réalité sont prégnantes. Je veux en citer deux :

- D’une part dans un contexte où d’ailleurs nécessité oblige, la professionnalisation qui fut notre choix naguère, est de plus en plus difficile à assumer économiquement et nous peinons à trouver de nouvelles forces vives, appelées à relayer les anciens et surtout à les relayer dans la fidélité à une histoire.

- D’autre part, il y a la caractéristique qui nous est propre, c’est notre écharde, notre aiguillon, notre chance ; en tout cas notre débat : la laïcité affichée, non seulement de nos activités, ce qui est la moindre des choses, mais aussi celles de nos convictions et là c’est plus difficile à gérer et peut être inexact. Je crois que nous souffrons à ce niveau d’un manque de clarté. Manque de clarté qui, par endroit, se vit relativement bien, mais n’est ce pas alors que le problème n’a pas été posé et en d’autres lieux génère tensions et même souffrance, il faudra nous atteler à ce que j’avais essayé d’introduire l’an dernier, mais l’Assemblée ne l’avait pas vu ainsi et l’ouvrage est resté sur le métier.

Pourtant pour continuer à faire communion entre nous, il faudra bien dire, au nom de qui, au nom de quoi, nous construisons ensemble au nom de qui, au nom de quoi, nous servons ensemble des hommes et des femmes en souffrance et qu’au-delà du pain et des poissons, nous voulons aussi partager avec eux ce que nous avons reçu ; nos pratiques sont plurielles, nos identités sont plurielles, nos références sont plurielles. Mais l’une est fondatrice et les autres s’y articulent ; et je conçois que cela fasse débat. Mais il faudra le mener.

Après ces remarques générales, je voudrais vous donner un aperçu de ce qu’ont été les préoccupations du Comité national et du Siège au cours de l’année écoulée. Ce qui me permettra de vous donner quelques informations :

- 1) Je commence par le nord, Roubaix : nous sommes en attente de la cessation d’activité de l’association qui occupe les locaux, pour prolonger notre réflexion avec, d’une part, la ville de Roubaix, et d’autre part, les entraides protestantes de l’agglomération lilloise.

- 2) Saint Nazaire : le projet immobilier prend du retard, mais les financements pour le salaire d’un pasteur sont là ainsi que le financement provisoire de son logement. Localement l’attente est forte pour qu’il soit nommé prochainement.

- 3) La Rochelle : Les discussions approfondies concernant la contribution de 5% eu égard la nature du financement de l’acquisition d’une maison ont débouché sur un accord, je pense équitable qui pourra être mis en œuvre prochainement. Un pasteur est nommé pour le mois de septembre, il s’agit du pasteur Jean-Yves Léorier (présent) de la Fédération des Eglises Baptistes.

- 4) Un vieux problème, un peu marginal, mais qui a nécessité un gros travail de préparation et une décision symboliquement riche. - je veux parler des m2 qui, au Picoulet, appartenait à Soleil et Santé : la dernière Assemblée Générale de Soleil et Santé a voté la rétrocession gratuite à la fondation abritée Mission populaire à la Fondation Protestante de France, de ces m2 ; Je veux ici remercier et saluer Didier Moineau, Président de Soleil et Santé qui a proposé cette rétrocession et a fait en sorte qu’elle puisse être mise en œuvre, qu’il en soit vivement remercié.

- 5) Nous avons bien entendu souvent évoqué le projet de vente d’Arcueil qui fera l’objet d’une discussion ultérieurement au cours de cette Assemblée Générale.

- 6) Le comité National a eu à évoquer à de nombreuses reprises la réalité financière qui est la nôtre .Je laisserai le soin à Christiane le Chenadec de nous présenter cela avec Jean-Claude Marché, notre Commissaire aux Comptes dont je salue la présence, la compétence, la patience, la persévérance pour nous faire mettre en œuvre les structures comptables indispensables.

- 7) Par ailleurs le Comité National a été amené, sur la demande de Stéphane Lavignotte, pasteur à la Maison Verte de débattre sur l’accompagnement spirituel et liturgique d’un couple homosexuel. Le débat a été fourni, chaleureux et véritable. Le Comité national de la Mission populaire évangélique a reçu le pasteur Lavignotte qui accompagne depuis plusieurs mois un couple d’hommes pacsés qui ont demandé une bénédiction religieuse sur leur couple (voir texte en annexe).

- Le journal « présence »: je voudrais remercier ici l’équipe du journal qui est, je sais, apprécié dans les Fraternités, mais aussi, et c’est sa fonction, dans le Monde Protestant en général.

- La commission formation s’est réunie plusieurs fois pour susciter des formations, instruire certaines demandes et préparer les journées de rentrée.

- Les réunions d’équipiers : elles sont au nombre de 4 par année scolaire. Nous avons travaillé avec Joëlle Bordet, psychosociologue spécialiste des quartiers difficiles. Hervé Ott autour des problèmes d’organisation et de communication avec Bernard Dugas au sujet de la gouvernance, du pouvoir de l’autorité dans une institution telle qu’est la Mission populaire Evangélique et pour terminer, hier avec Laurent Gagnebin sur le « Christianisme intégral »
Avant de dire quelques mots en guise d’introduction au débat, je voudrais simplement

- Tout d’abord saluer Jean-Yves Léorier, Pasteur de la Fédération des Eglises Baptistes qui prendra ses fonctions à La Rochelle en septembre 2009

- saluer Robert Mollet qui prend sa retraite en fin d’année 2009

- et Laurent Schlumberger qui sera appelé à d’autres fonctions dans l’Eglise Réformée en 2010

Mais je voudrais maintenant en venir à ce débat que nous avons prévu sur la base de 4 témoignages que vous allez entendre.

Débat et réflexion sur le thème : « de quelle Mission nous sommes investis »

Je note que par le mot Mission nous voulons signifier un envoi, c'est-à-dire que ce que nous faisons nous ne le faisons pas de notre propre chef. Nous ne le faisons ni par intérêt, ni par altruisme, ni pour avoir une bonne estime de soi, ni par philanthropie, nous le faisons, j’allais presque dire, sous la contrainte, en fait par obéissance. C’est vrai, si nous nous écoutions, nous resterions tranquille chez nous, égoïstement replié sur nous-mêmes. Mais voilà, nous sommes envoyés vers des hommes et des femmes qui ont besoin que leur soit manifestée un peu de fraternité. Nous sommes envoyés au sein d’un monde qui a besoin d’institutions empreintes de civilités, plus justes et plus fraternelles.

Et puis dans cette mission nous ne nous sommes pas choisis, nous sommes envoyés parce que nous avons été appelés, chacun par notre nom. Nous sommes ensemble du fait de cet appel, parce que et c’est cela être une Eglise, nous ne sommes pas, un syndicat uni par de légitimes revendications, nous ne sommes pas un Club nostalgique d’un passé révolu, nous ne sommes pas une bande de copains ayant des affinités, un groupe d’intérêts économiques etc …, nous ne sommes rien sinon le mystère d’un cheminement commun que nous avons été appelés à faire pour que d’autres s’y mettent aussi. Ce que nous avons reçu, nous avons à le partager.

Alors ce chemin, cet envoi, cette Mission nous devons la vivre sous une triple injonction :

- tout d’abord avec lucidité, c’est la première injonction : nous pouvons oser regarder qui nous sommes, où en est notre institution, sans nous voiler la face, sans nostalgie, sans faux espoirs, sans complaisance, mais aussi sans esprit de flagellation.

- Car nous devons aussi demeurer dans l’espérance, c’est la deuxième injonction : s’il y a des fidélités qui appellent à des ruptures ou à des conversions, y compris institutionnelles, c’est bien parce que nous avons la certitude que appelés chacun et tous ensemble, à cette Mission, aucune obstacle ne peut nous faire plier le genou et que demain quelles que soient les circonstances, quelles que soient les dures réalités. Le socle inaltérable de l’appel et de l’envoi nous maintiendra debout ; Eglise issue de la Réforme nous ne craignons pas de toujours nous réformer.

- Et puis et c’est le plus important, c’est là la troisième injonction, c’est dans la fraternité toujours renouvelée que nous partageons ce chemin de lucidité et d’espérance. Pas une fraternité à bon marché, pas une fraternité affichée comme une incantation mais la vraie fraternité, celle qui coûte, ainsi que le disait Dietrich Bonhoeffer au sujet de la Grâce : La Fraternité qui coûte parce qu’elle est exigeante, elle n’est pas le temps d’une émotion ou d’un sentimentalisme mièvre, elle est le don, bien embarrassant de frères, que je n’ai pas choisi mais qui, comme toi, comme moi, comme nous tous ont été appelés à faire route ensemble.

Alors cette Mission, à nous d’en décrire maintenant, avec assurance, dans la confiance mutuelle et la vérité les contours.

Bonne route

Pasteur Jean-Pierre Rive

Secrétaire général