Pasteur Jean-Pierre Rive

I. Je commencerai par vous dresser comme en miroir les points forts que j’ai perçus de vos préoccupations à la lecture des rapports d’activité des Fraternités, ainsi que par les informations que j’ai eues lors des diverses rencontres avec nombre d’entre vous au cours des quelques mois qui viennent de s’écouler.

En premier lieu je dirais que nous avons des préoccupations d’ordre institutionnel. Je veux parler ici des préoccupations liées aux relations de droit que nous entretenons, l’association cultuelle 1905, une Eglise, membre de la Fédération Protestante et les associations 1901 qu’ont constitué les fraternités. Ces préoccupations nous ont beaucoup pris de temps, le travail n’est pas abouti, il nécessitera non seulement des ajustements, des compromis, mais peut-être aussi des innovations qu’à ce jour nous n’avons pas encore perçues. Car une chose est de travailler sur des textes, une autre d’en éprouver l’opérationnalité et encore une autre d’en tirer des conséquences et de modifier, améliorer des trajectoires. Je veux simplement dire que nous avons encore à creuser le sillon de ces partenariats, coopération, collaboration, synergie, communion de service, je vous laisse le soin de choisir les mots ; en l’occurrence, ils ne sont pas neutres, car quelque part ils touchent à notre identité : Eglise, union, fédération, réseau, mouvement etc …

Une autre actualité institutionnelle concerne vos relations avec les pouvoirs publics, collectivité territoriale, administration, organismes sociaux. Plusieurs d’entre vous ont rencontré des difficultés accrues en ce qui concerne la recherche de financements ; c’est une bonne et une mauvaise nouvelle : bonne nouvelle si c’est pour nous l’occasion de réorienter l’origine de nos ressources, je pense aux dons en particulier, une mauvaise, car il ne faut pas se faire d’illusion, la croissance des dons, s’il y a croissance, ne compensera pas la chute des financements. Chute inévitable si la politique actuelle est poursuivie et pour ne pas vous laisser croire que je me complais dans un antisarkozisme quasi consensuel, je vous dirai tout de go que je ne crois pas qu’un hypothétique changement de majorité modifierait quoi que ce soit : les caisses sont vides et personne n’a les moyens et surtout pas la volonté de les remplir, et plus de justice fiscale en France ne compensera pas le partage inéluctable qu’il nous faudra faire demain avec les peuples pauvres. C’est donc à une restriction de nos ressources monétaires, qu’il faut nous attendre, comme tous les acteurs du social de l’éducation populaire comme du service public d’ailleurs.

J‘ajouterai par ailleurs deux remarques : il y a incontestablement, mais il est vécu à des degrés divers, un facteur aggravant à cette situation, c’est simplement notre nom « Mission populaire Evangélique ». Dans un pays où la laïcité, et ce n’est pas le propos du Président qui veut instrumentaliser les grandes religions qui clarifiera le problème, dans un pays donc où la laïcité est le moins qu’on puisse dire, mal comprise, souvent de bonne foi, mais parfois de très mauvaise foi, le simple fait pour une fraternité de relever de la Mission populaire Evangélique peut être un sérieux handicap, sans omettre le mot protestant que l’on trouve dans bien des documents officiels que vous produisez dont l’effet est parfois contreproductif dans nos négociations.

Mais je voudrais ici faire une remarque que vous avez déjà entendue : certains financements publics que vous obtenez ont pour origine, l’une ou l’autre procédure « dite de la Politique de la Ville ». Je ne m’attarderai pas trop, mais soyons vigilants, et je salue votre sagacité, votre compétence, votre inventivité pour glaner de ci, de là des crédits bien opportuns, cependant gardons les coudées franches, et je sais que vous ne vous faites pas piéger et que vous n’êtes pas prisonniers des injonctions administratives, mais au-delà des obscurités et des gaspillages de la Politique de la Ville que la Cour des Comptes dénonce, souvenons-nous que notre action n’est pas déterminée par des orientations gouvernementales, départementales, communales etc …, mais par notre regard d’Eglise vigilante et prophétique sur tous les laissés pour compte de notre société. Comme par le passé et notre histoire à la Mission populaire Evangélique est riche d’exemples en la matière, soyons non pas par esprit de concurrence ou de surenchère, mais de vigilance, des défricheurs plus que des gestionnaires ou des partenaires ; soyons de ceux qui toujours ouvrent des brèches dans les consensus complaisants ou les modes convenues. On a évoqué souvent le politiquement correct, gardons-nous du socialement correct et je sais que vous le faites ; mais il est, je crois, de mon devoir de faire en sorte que nous nous le redisions sans cesse. Il y a les textes, les procédures qui préexistent à notre action qui ont été décidées et qui font loi et dans lesquelles nous pouvons nous glisser et puis il y a aussi les urgences, les priorités qui nous tiennent à cœur et alors il nous appartient certainement de persuader, de convaincre, de mobiliser nos financeurs, sur des terrains qu’ils n’avaient pas imaginés, c’est cela aussi faire de la politique, rendre visible le Royaume, contester, résister mais aussi ouvrir les yeux de ceux qui ne voient pas ou qui ne veulent pas voir, je veux parler ici de nos interlocuteurs institutionnels et lorsqu’ils ont vu les réalités que nous pouvons désigner, les persuader de mettre en œuvre, avec notre aide, nos moyens, notre savoir-faire, des gestes qui répondent aux nécessités du moment.

Pour conclure sur ce point, je dirais que ce qui vient d’être dit me paraît être dans le droit fil de notre Mission et de ce que vous faîtes déjà. J’en veux pour preuve votre présence sur ces terrains difficiles que sont les déboutés du droit d’asile, la consommation nuisible à la santé mentale et physique, la résistance au tout sécuritaire, la montée en puissance provoquée de la xénophobie, la réflexion sur l’environnement et le partage des richesses, les exclusions sans cesse aggravées, les injustices croissantes ; vous êtes présent sur tous ces terrains, que ce soit sur le plan de l’information de la formation, mais aussi des gestes que l’on pose, c’est cela la Mission Populaire : l’espérance que toute personne puisse tôt ou tard être relevée, debout et non infantilisée, comme cela nous guette tous dans ce monde qui s’enfonce dans l’émotion fugitive et irresponsable, le virtuel confortable et démobilisateur.

II. Je vais maintenant en venir aux travaux indifféremment du Siège, du Comité National, du Secrétaire Général et j’en profite aussi pour vous donner quelques nouvelles brèves que nous pourrons reprendre dans la discussion :

tout d’abord un sujet qui tient à cœur à beaucoup de monde ici, je veux parler de Soleil et Santé. Je crois qu’une étape a été franchie, un nouveau CA est installé. La mission Populaire y est bien représentée, un nouveau Président que je salue en la personne de Didier Moineau a été élu et un partenariat cherche à se remettre en place, il aura une première concrétisation à nos journées de rentrée dont le thème sera « quel projet d’éducation populaire pour la jeunesse ».

Une page qui se tourne, par contre : Arcueil, une promesse de vente a été signée avec Nexity pour 1.110.000 euros, après de longues tractations, réunions avec plusieurs promoteurs, finalement avec la Ville d’Arcueil dont j ‘ai pu mesurer l’attachement au travail de la Mission populaire Evangélique : un nouveau projet de quartier se met en place, pour ceux qui connaissent, une entrée de ville, avec une priorité donnée au logement social. D’une manière ou d’une autre la mémoire de ce lieu de la Mission populaire Evangélique, symboliquement, mais peut être plus, sera inscrite dans le projet à naître et j’y veillerai ; et au passage, je remercie Bruno Hermann qui a accepté la tache ingrate et douloureuse, je le sais pour lui, d’accompagner les différents départs et déménagements que signifie la vente de ce terrain. En outre je proposerai au Comité National lorsque nous aurons reçu le produit de la vente (dans 12 mois environ), de le placer, par le biais de la Fondation spécialisée « Mission Populaire » que nous avons créée auprès de la Fondation du protestantisme Français de telle sorte que ces fonds soient à l’abri et qu’ils rapportent de quoi soutenir des actions, je pense en particulier à une création de poste et aux activités des fraternités tournées vers la jeunesse.

St Nazaire : compte tenu de l’incompréhension, voire des tensions avec le Président de l’Association 1901, un audit a été proposé et accepté. Cet audit une fois réalisé, nous pourrons avancer sur un projet avec comme partenaire la SHLM de Loire Atlantique qui devrait construire un immeuble R + 6 et nous libérer un logement de 70 m2 et 300 m2 de locaux (dont nous déciderons l’affectation avec les membres de la Mission Populaire à Saint Nazaire et l’Eglise Réformée de France ; puisque dans la droite ligne de l’accord cadre (oct 2006), c’est à un projet commun que nous travaillons. Nous pourrons peut-être bénéficier d’un financement exceptionnel pour un poste de pasteur dès juillet 2009.

Au passage je voudrais vous dire la difficulté dans laquelle nous sommes pour trouver des pasteurs. Je m’emploie en juin à faire une campagne de sensibilisation auprès des Présidents de région de l’Eglise Réformée de France et un envoi ciblé et personnalisé à certains pasteurs susceptibles d’être intéressés sur la base d’une liste dressée d’un commun accord avec Marcel Manoel et Bertrand de Cazenove, respectivement Président et Secrétaire général de l’Eglise Réformée de France. C’est une préoccupation importante car nous avons à très court terme trois postes à pourvoir : La Rochelle, Trappes (Robert Mollet prend sa retraite en juillet 2009) et je l’espère Saint Nazaire. Au passage, pour préparer l’avenir mais aussi faire connaître et reconnaître la Mission populaire, j’ai pris attache avec les Facultés de théologie de Paris et Montpellier où je dois intervenir prochainement pour parler du Christianisme social et de la Mission populaire ; j’ajoute que j’ai été sollicité par l’Institut Saint Serge qui forme les prêtres orthodoxes pour les sensibiliser à l’Action de la Mission Populaire, à ses racines dans le Christianisme social ; cette dimension à laquelle ils veulent redonner de l’importance s’appellent dans leur vocabulaire : « le Sacrement du Frère » selon une phrase de Saint Jean Chrysostome reprise par Calvin dans l’Institution Chrétienne, qui rappelle qu’une chose est de célébrer le Christ sur la Table de la Sainte Cène, une autre de le célébrer en tendant la main à des frères en souffrance. § Puisque je parle de pasteurs, permettez-moi donc de dire ma reconnaissance pour l’arrivée à Paris de Diane Lokia que vous connaissez et qui prendra ses fonctions au Picoulet sur un profil de poste renouvelé puisqu’elle sera codirectrice du centre social avec Eliane Stricker et chef de poste de la Mission populaire et de Pierre-François Farigoule qui arrive à Nantes après un ministère pastoral à Sète. Au passage, je voudrais ici saluer l’engagement de tous ces frères et sœurs, équipiers pasteurs ou laïcs, qui dans des conditions difficiles et j’insiste des conditions très difficiles sont responsables avec les conseils qui les entourent de la présence ô combien risquée mais généreuse de la Mission populaire Evangélique auprès des plus « cabossés », pour dire vite de nos frères souffrants, et ceci non pas dans la perspective d’assister mais bien de relever, parfois même d’aider à de véritables résurrections, qui font d’un être meurtri un acteur de sa propre vie et un acteur à son tour du relèvement d’autres encore en souffrance.

Permettez-moi de distinguer deux lieux, je veux parler de La Rochelle sans pasteur depuis deux ans ; Brigitte Sharlipp soutenue par sa présidente et d’autres, tient le coup, on la remercie et Nantes aussi sans pasteur où Hélène Cavalié, soutenue par un bureau très présent au propre et au figuré assure comme on dit. Puisque j’ai parlé d’arrivée je veux parler aussi de départ et saluer Bertrand Bosc qui prend une retraite dans le midi de la France, nous pouvons le remercier pour le travail qu’il a fait à La Duchère, travail dont le flambeau sera repris par Pierre-Olivier Dolino qui, après 7 ans au Picoulet a souhaité donner un autre contenu à son ministère. A propos des pasteurs, j’en profite pour dire que le proposanat de Stéphane Lavignotte, comme ministre de l’Eglise Réformée de France a été validé et que parmi ses nombreuses taches et ses multiples engagements il a publié 2 livres que je vous recommande.

Je voulais à ce propos souligner combien c’est une préoccupation du Président, du Bureau, du Comité National et de moi-même de tenir de manière forte des contacts avec les Eglises de la Fédération auprès de qui nous trouvons soutien moral, spirituel, pastoral et financier puisque lorsque je parlais de croissance des dons, ce sont les dons des paroisses qui ont beaucoup augmenté en 2007 ; Une de mes préoccupations majeures est aussi de renouer des liens avec d’autres partenaires, en ce qui concerne la jeunesse : nous avons repris contact avec les Eclaireurs Unionistes qui nous ont envoyé un représentant, avec le DEFAP qui développe des projets auprès des jeunes qui pourraient certainement concerner les fraternités (nous envisageons d’ailleurs d’adhérer au DEFAP en tant que Eglise partenaire.La fédération de l’Entraide Protestante vient de recruter un chargé de missions jeunes et demain Olivier Brès, Secrétaire général de la Fédération Protestante nous fera une communication à ce sujet, de même que l’Eglise Réformée de France. J’ai l’espoir qu’avec le redéploiement de Soleil et Santé bientôt des synergies nouvelles pourront se mettre en place et être bénéfiques à notre Mission auprès des jeunes. La réunion de septembre des Equipiers, militants … sera consacré à la question, je l’ai déjà dit, de la jeunesse.

Je ne m’étends pas plus sur ce point. Mais sachez que d’autres collaborations ou échanges sont envisagés, un contact a été repris avec l’EELF et il est prévu le pourvoi commun d’un poste EELF-Mission populaire en juillet 2009, à Montbéliard. Plusieurs projets sont en réflexion : à ce jour des contacts sont esquissés avec la Paroisse d’Orléans et celle de Pau, d’autres lieux pourraient être concernés. Plus que de moyens matériels, c’est de temps dont nous avons besoin. Si nous ne voulons pas rater quelques rendez-vous, il faut absolument que nous sortions dans les mois qui viennent de quelques ornières qui absorbent aussi bien le Secrétaire général que le Comité National et que pour ainsi dire l’institution Mission populaire trouve un certain rythme de croisière et ne s’attarde pas sur ce qui potentiellement est réglé ou en cours de règlement ; car pour ainsi dire en face d’Eglises sœurs qui elles-mêmes cherchent de nouvelles formes de rassemblement, de communion, d’évangélisation et de service, je suis convaincu que nous avons une présence, une parole et une compétence pertinentes et que ces Eglises attendent de nous un signe, une parole. Alors ne les décevons pas. Nous sommes capables de produire une parole écoutée : que ce soit à travers nos rencontres, celle de Genève qui donne lieu à un numéro de partage, celle de Lyon ou de Montbéliard, notre journal présence, notre site, nous avons ces derniers mois balayés en profondeur certains thèmes d’une grande actualité avec un regard évangélique. Je veux parler de la montée du contrôle et de la surveillance de nos sociétés, des problèmes de partage des richesses de développement, d’épuisement des ressources, donc d’économie alternative ; d’une manière générale la Mission populaire Evangélique est présente tant par ce qu’elle dit et écrit que par les initiatives que vous prenez dans les fraternités sur tous les grands problèmes des sociétés européennes.

Ainsi nous avons été présents avec d’autres sur ces terrains par exemple au moment des élections municipales, nous avons participé à un colloque sur la précarité et le chômage organisé par le journal « la vie », le Comité Chrétien de Solidarité avec les Chômeurs et Précaires et le réseau Chrétiens en Forum. À Bruxelles, Denis Costil nous a représenté à une séance de travail sur la flexibilité de l’emploi et la sécurité des travailleurs. Le travail fait à Lyon avait été une bonne préparation. À Paris, à la demande de la Fédération Protestante nous avons participé à un groupe de travail sur la paix qui va donner lieu à une déclaration commune du MIR, des fraternités franciscaines et de Justice et Paix et donc de la Mission Populaire Evangélique ; en outre, sur proposition de Bertrand Vergniol, je participe à la Commission Eglise et Société de la Fédération Protestante et j’en assume la présidence à la demande du bureau de la Fédération, cette commission travaille sur les sujets suivants : Ethique sociale et bioéthique, problèmes environnementaux, aggravation de l’injustice économique nord-sud, restriction des libertés etc …. Je n’y représente certes pas la Mission Populaire Evangélique, mais c’est un des moyens à notre disposition pour la faire mieux connaître. Dans le même ordre d’idée, le Président de la Fédération a constitué autour de lui une cellule de vigilance destinée à préparer les interventions publiques de la Fédération Protestante, nous nous retrouvons régulièrement autour de lui, le CASP, la CIMADE, l’Armée du Salut, l’Entraide Protestante et la Mission Populaire sur les grands problèmes de société.

J’ai évoqué tout à l’heure l’Europe, il nous faudrait certes retrouver nos amis allemands et italiens. Là encore manque de temps. Mais réjouissons-nous d’avoir bien maintenu les rencontres avec nos amis d’Angleterre et de Suisse (dont je salue la présence), (Diane Lokia ou Jean-Pierre Thévenaz diront peut être ultérieurement un mot sur les vacances des enfants en Suisse).

III. Je voudrais m’arrêter là et, dans le débat, vous pourrez toujours poser des questions sur des points omis ou pas développés. Mon propos ne voulant pas être exhaustif. Mais avant de m’arrêter, je voudrais conclure de la manière suivante, il me semble que nous sommes en face de 3 défis et de 3 menaces.

Les défis

- Le premier défi est celui de la transmission :
Nous, Mission Populaire Évangélique de France, qu’avons nous à transmettre : des idées, des convictions, des pratiques sociales, des modèles d’engagement, un regard sur le monde et donc sur nous-mêmes, une tradition, une bonne nouvelle, une espérance ? A nous d’y réfléchir.

- Le deuxième défi est celui de la présence : à quoi, à qui voulons-nous être présent, à tous ceux qui se présentent à nous, qui sont en attente d’assistance de formation, de guérison, de dignité, de pain, de toit, de papiers, de protection dans la clandestinité, de lieux de résistance où se reconstruire ? Là encore à nous de répondre.

- Le troisième défi est celui de la rencontre : cette présence, si elle n’est pas simplement un intérêt éphémère pour des causes difficiles nous amène à des rencontres et je ne parle pas ici que de ceux qui fréquentent les fraternités, mais aussi de ceux avec qui nous partageons ce souci de la présence et qui viennent d’autres horizons que nous. Ce défi est celui qui alors même que l’Eglise est dans un monde sorti de la chrétienté est le plus dur à vivre, le plus exigeant. Mais certainement le plus riche de générosité et de partage ; sans retomber dans le vocabulaire qui fut celui du monde politique, mais il était pratique et juste, je veux parler de ceux qui ont été, sont et seront toujours nos compagnons de route dans les combats pour que l’homme se relève : Les croyants de toutes origines, les agnostiques ou les athées pour qui le combat pour l’homme est le sens de leur vie. Là encore à quel type de rencontre sommes-nous appelés et comment dans nos institutions sommes-nous prêts à le vivre ?

Et j’en arrive ainsi aux 3 menaces

- la première menace est celle de la dissolution de nos convictions dans le relativisme généralisé, le conformisme au siècle comme le dit l’évangile. Comment articuler rencontre, différence de conviction et chemin partagé ; et puis souvenons nous que témoigner du Royaume peut entraîner de l’inconfort voire de la persécution (et je pense en particulier aujourd’hui à nos frères d’Algérie au sujet desquels nous avons des nouvelles alarmantes).

- La deuxième menace c’est la prétention : vivre au-dessus de nos moyens, nous laisser gagner par la tentation de la toute puissance, de la performance sociale ; et une certaine ostentation dans la manière de nous y activer (cela est vrai pour nous tous, pasteurs, équipiers, professionnels, bénévoles, militants …)

- La dernière menace serait celle de la dépression : devant notre fragilité, nos échecs, nos tensions, combien mesquines devant l’immensité de la tache, notre organisation parfois défaillante, nous pouvons être tentés de vivre au-dessous de nos moyens.

- Et c’est là-dessus que je voudrais terminer, car à vues humaines, nos moyens sont dérisoires, nos handicaps majeurs et nos incapacités phénoménales. Et pourtant nous croyons aux miracles, nous croyons depuis plus d’un siècle, petite Eglise brinquebalante, nous croyons que dans le concert des Eglises, nous avons une voix à faire entendre, des gestes à poser, pour être avec d’autres une lumière parmi les hommes. L’avenir de la Mission Populaire en tant que tel n’est pas intéressant, depuis 2000 ans nous savons tous que c’est le provisoire qui est notre vocation, un provisoire tendu entre la lumière de Paques, le souffle de Pentecôte que nous venons de vivre et l’irruption tôt ou tard de ce Royaume de Paix, de justice, d’amour et de partage dont nous voulons être témoins dès maintenant. Un provisoire qui, sur le chemin risqué qui est le nôtre ne peut que s’enraciner dans la rencontre de celui qui est toujours présent auprès de nous ; une rencontre qui se forge dans la prière incessante que nous lui adressons. « viens Seigneur, Jésus viens bientôt, qu’arrive le temps enfin où il n’y aura plus de larmes dans les yeux ni mort, ni lamentation, ni douleur. Les choses anciennes ainsi auront disparu ».

Nous pouvons en témoigner dès maintenant

Merci de votre attention