A l’heure de la régionalisation et des grands ensembles supranationaux, quand la liberté de circulation est plus grande pour les marchandises que pour les humains, quand la télévision et la publicité sont devenues les principales directrices des consciences, alors que le zapping, le libre service et la communication virtuelle tendent à prendre le pas sur la fidélité à long terme, la militance et la rencontre des personnes… Et malgré le désavantage infligé à notre forme de parole par le tapage et le simplisme que lui préfèrent les grands médias, nous ne pensons pas que ce monde court à sa perte ou qu’il serait moins digne d’être aimé aujourd’hui que dans le passé.
    C’est pourquoi nous nous engageons ensemble à réinvestir le champ politique en donnant à l’action sociale que nous menons déjà plus d’impact public et plus d’effet sur les gouvernants. Nous revendiquons nos responsabilités en éducation populaire car nous savons que l’éducation est un instrument politique de libération quand elle se présente comme un travail d’échange entre égaux et non comme une œuvre de formatage intellectuel et moral. Nous voulons donc que chaque Fraternité reconsidère son programme d’éducation populaire à la lumière des enjeux sociaux d’aujourd’hui, en solidarité avec les ouvriers, les employés, les personnes vivant dans la précarité, et en dialogue avec les autres catégories sociales.
    C’est dans cette perspective aussi que nous situons notre combat pour une laïcité de dialogue et de débat entre les convictions et les croyances, appuyée sur une pratique exigeant respect et lucidité. Nous voulons continuer à entretenir ou reconstruire des relations de voisinage chaleureux là où nous vivons, tout en faisant de nos bâtiments des espaces prophétiques d’asile et de bien être pour ceux que le Dieu de miséricorde, les accidents de la vie et l’injustice mondiale nous donnent à accueillir. Pour accomplir cette mission nous avons besoin d’être éduqués, écoutés et fortifiés. Qu’il s’agisse d’information politique ou d’entraînement pédagogique, nous tenons à y appliquer la méthode de l’échange et de l’écoute de tous par tous, car ce qui est bon pour les alphabétisés ne doit pas être jugé mauvais pour les alphabétiseurs. Et nous aurons besoin d’interrompre parfois nos activités pour trouver le temps d’améliorer notre langage, de vivre en fête et de cultiver la créativité.

    Et nous ancrons notre engagement dans cette conviction :

    CONFESSION DE FOI

    Dieu est vivant,
    par lui nous vivons,
    nous voulons vivre en Lui.
    Nous le connaissons par l'intermédiaire de Jésus.
    Jésus est notre frère et notre Christ
    C'est lui qui nous révèle la face humaine de Dieu
    Il est la clef des Écritures où les revendications des hommes et
    la vision des prophètes s'affrontent pour faire surgir en nous la Parole de Dieu
    Ainsi, et par les rencontres de la vie quotidienne, l’Esprit élit domicile en nous
    Pour nous enseigner l’amour inconditionnel de Dieu pour tous les êtres vivants.
    Nous croyons à cette nouvelle : Dieu gouverne nos vies.
    Il le fait selon l'image que Jésus nous a donnée de Lui
    Il est l'unique pouvoir légitime. Il n'existe dans l'univers aucun autre pouvoir qui trouve en soi-même sa légitimité
    Nous croyons que la foi au Dieu des Écritures est capable de sauver
    le monde des catastrophes et les gens du désespoir
    Nous affirmons que le malheur n'est pas fatal et que le bonheur n'a pas à être honteux
    Nous ne sommes pas les seuls enfants de Dieu : tous les chercheurs d’absolu sont notre parentèle.
    Nous croyons que Dieu fait les uns fidèles et les autres athées pour élargir l'espace de la vérité
    Notre communauté compte des croyants et des incroyants;
    ils partagent la logique qui libère et l’évangile qui nourrit.
    Nous vomissons l'indifférence
    Nous méprisons l'intolérance
    Nous combattons le fanatisme
    Mais Dieu nous donne l’humanité pour famille et, ami ou ennemi,
    chaque être humain garde le droit de manger notre pain.
    Nous ne confondons pas l’hôte pacifique et l’envahisseur sans respect
    Mais nous savons que nos portes doivent rester ouvertes à l’étranger et au pauvre sans abri
    - et aucune puissance n’a le droit de les fermer.